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Voilà voilà, la fin d’année arrive à grands pas et avec ses gros sabots. On est attaché, vous remarquerez le début d’introduction subtil, à nos p’tites traditions. Donc comme nous sommes dans la période d’attachement et d’emprisonnement maximum à des vieilles traditions qui, en fait, riment à pas grand chose, on va parler du Shibari, du Kinbaku pour être correct. Je vais pas prendre la parole directement, j’en serais bien incapable, par contre j’ai fait appel à une de mes connaissances qui, sans être un « maître », est du moins un bon disciple de cette discipline que je nomme Art. Comme pour l’article sur le BDSM avec Emmanuelle Julien de Paris Derrière, cette fois-ci je fais appel à Emmanuel, sans le, du site Boudoir Shibari.

Le Shibari / Kinbaku, s’attacher à l’autre et à l’Art

Avant de laisser la parole à Emmanuel, juste une petite réflexion sur nos liens et nos attachements du quotidien. Dans l’article sur le BDSM je faisais un parallèle entre les relations de pouvoir domination / soumission de nos vies « diurnes » et celles, plus explicites mais au final plus claires, présentes dans les relations BDSM. Cet article autour de l’Art du Kinbaku est le moment idéal pour faire le lien entre les cordes du Shibari et nos liens & attachements, toxiques ou pas, qui sont présents dans nos vies « normales ».

Il y a bien sûr l’aspect esthétique du Kinbaku mais derrière, Japon oblige, quel en est l’Esprit ? Une occasion en or pour nous interroger sur la notion de liberté, individuelle ou collective, et peut-être encore plus sur la notion de pouvoir d’action. A-t-on vraiment la capacité d’agir LIBREMENT dans nos vies ? Les bases de la sociologie ou de la psychologie ont depuis longtemps répondu à ces questions, il est peut-être temps d’entendre nos réponses à ces sujets.

L’occasion d’une séance de méta shibari avec Emmanuel Créateur nous a, à titre personnel, apporté quelques réponses. Maintenant à lui de nous donner les siennes.

On s’attache et on s’emprisonne … ou pas ?

Propos recueillis auprès d’Emmanuel Raffin du site boudoir-shibari en Novembre 2017

Je pratique le shibari, ou plutôt le kinbaku car c’est le véritable nom japonais de la discipline. Cela consiste à attacher un-e partenaire avec des cordes pour résumer très succinctement. Le shibari est originaire du Japon et a été essentiellement inventé dans les années 1950-60-70, bien que s’inspirant d’un ancien art martial médiéval. Le shibari est généralement associé au BDSM.

Vous avez peut-être déjà vu certaines photos des attaches que j’ai réalisé lors de shootings avec Charlie. Et bien souvent on me demande pourquoi je pratique le shibari, quel plaisir mes modèles et moi y prenons.

Dans ma pratique, il y a deux facettes distinctes : l’aspect artistique et la pratique intime.

Distinctes parce que si j’utilise les mêmes cordes et les mêmes techniques dans les deux cas, la finalité et surtout le rapport au modèle est totalement différent dans les deux cas.

Le Shibari Kinbaku : aspect artistique.

C’est la partie la plus visible de ma pratique du shibari, je poste régulièrement des photos sur mon blog et sur les réseaux sociaux, je shoote des modèles une à deux fois par semaine (je limite volontairement les shootings afin de ne pas perdre en qualité et en inspiration). Dans cet aspect le shibari est un outil pour me permettre de mettre en scène des représentations érotiques et esthétiques des corps.

Je précise bien que ce sont uniquement des représentations érotiques ! S’agissant d’un travail artistique, je ne souhaite pas qu’il puisse y avoir la moindre ambiguïté ni dans mes gestes ni dans mes intentions vis-à-vis des modèles. Je déconnecte donc de toute pratique sexuelle.

[NDLR : je valide les propos d’Emmanuel par mes deux expériences de shibari avec lui. Aucune pratique ni même la moindre allusion à une quelconque sexualité n’a pris forme ni même n’a germé pendant nos deux séances.]

Le shibari, par l’utilisation même des cordes, est très graphique. Les motifs des différents harnais et suspensions, s’ils ont été créés pour la sécurité des modèles et ne pas impacter les nerfs ou la circulation sanguine, sont aussi très esthétiques. Les suspensions ont toujours un aspect impressionnant. Et depuis que je travaille en lumière noire, j’explore encore plus l’aspect irréel et onirique de la représentation du corps.

Mais ceci ne constitue pas l’essence du shibari et n’en donne à voir qu’une infime partie. D’ailleurs bien souvent dans mes expositions, j’essaye de prévoir une petite démonstration de ce que je peux faire de manière plus intime.

Le Shibari Kinbaku : la partie intime.

En effet, tout le plaisir du shibari, du moins pour moi, n’est pas dans l’aspect visuel, ni dans l’accumulation de savoir technique, pas plus que dans des suspensions toujours plus acrobatiques. Même si, je l’admets, ces suspensions sont toujours très appréciées en photographie, ce qui augmente mon plaisir à les mettre en scène dans mon travail artistique.

Le shibari c’est, pour moi, avant tout le rapport à l’autre. Les cordes ne sont qu’un prétexte.

Il est très difficile d’appréhender cet aspect de la pratique sans le voir ou sans l’expérimenter soi-même. Lorsque je fais des initiations dans mon Boudoir Shibari (c’est le nom de mon lieu d’entrainement et studio photo), les modèles sont toujours très surpris-es de l’impact que peuvent avoir les cordes sur iels [NDLR : contraction de Ils et Elles].

Principalement parce que l’aspect contrainte n’est pas leur principal ressenti. Par mes gestes, par l’attention de tous les instants que je porte, par le placement même de mon corps ou la caresse des corde sur le leur, c’est une impression d’environnement protecteur et très vite d’abandon total qui se crée.

En BDSM on parle de sub space. Le sub-space, c’est une forme de transe qui se crée par l’emprise de la personne qui attache sur la personne qui est attachée.

Bien évidement cela n’est pas automatique et requiert un long travail, d’abord technique puis de maîtrise des gestes et de chacun des mouvements de la corde. Et de connaissance du corps, des points de pression qui entraînent des sensibilités particulières ou sur lesquels un passage de la corde plus ou moins lent va créer des sensations particulièrement électrisantes. Le Shibari Kinbaku devient une forme de préliminaire par la caresse qui peut durer plusieurs heures.

Sincèrement c’est cet aspect du shibari qui m’intéresse le plus. Pouvoir offrir des plaisirs extrêmement intenses à une personne, parfois au-delà de tout ce qu’elle  a pu connaître auparavant. C’est d’ailleurs ce qui rend le shibari très addictif pour qui le pratique. Que cette place soit d’un côté ou de l’autre d’ailleurs !

Le shibari me permet d’exprimer mon côté dominant

Bien sûr on retrouve dans ma pratique du shibari mon côté dominant / sadique. J’aime être celui qui dirige, qui contrôle, qui choisit quand, comment et combien de temps tu vas jouir ou souffrir entre mes mains … une forme de pouvoir absolu et consenti sur l’autre, terriblement jouissif pour moi. Voilà pourquoi je pratique avec toujours autant de passion le shibari depuis plusieurs années et que je continue avec autant d’envie d’apprendre, en particulier au contact de japonais, qui restent les maîtres incontestés de cet art.

Au delà des mots, les sensations

Emmanuel, comme souvent les artistes, est plus pudique que public. Je me permets donc de conclure. Même si je n’ai pas vécu le shibari intime, j’imagine très bien les sensations ressenties.

Pour avoir à quelques occasions pratiqué le bondage et la soumission « sauvage », vive les menottes en moumoute rose et les bandeaux sur les yeux ! La sensation d’être totalement à la merci d’un Autre QUAND ELLE EST VOULUE est vraiment hallucinante ! Je pense qu’elle nous renvoie directement à la sensation primaire de notre totale impuissance par rapport à la vie et en même temps notre désir quasi mystique de triompher de la Mort qui, in fine, a toujours le dernier mot.

Shibari heureux = les règles indispensables !

J’ai demandé à Emmanuel à travers son témoignage de ne volontairement pas insister sur les règles de sécurité essentielles du Shibari. Il les reprend, les explicite très bien sur son site. Alors si le Kinbaku et l’art de l’attachement vous passionne, allez y et surtout PRENEZ DES COURS avec une personne RESPONSABLE ! Demandez lui s’il en connaît près de chez vous.

Le peu que je sais sur le shibari et les témoignages de personnes ayant subi des mauvais traitements physiques ou psy lors d’une séance avec certaines personnes me permettent de dire que ces règles ne sont pas anecdotiques mais indispensables !!! On ne s’improvise pas attacheur, c’est un art et ça s’apprend !

En savoir encore plus sur le shibari

Pour ceux que ça intéresse, nous avons relaté nos expériences personnelles autour du shibari dans les articles suivants :

Vous trouverez aussi l’interview filmé et assez complet autour du shibari avec Emmanuel sur cet article :

BDSM-shibari-rencontre-emmanuel

BDSM, Shibari & savoir vivre : rencontre avec un maître

Aujourd’hui c’est une nouvelle version des interviews by Charlie qui voit le jour. On va parler Shibari, Bondage, rapport domination soumission avec Emmanuel, Maître du blog BOUDOIRSHIBARI.com. Un site très esthétique, lumineux, autour du KINBAKU, l’art japonais de la contrainte par les cordes. Ceux qui espère rentrer dans un monde glauque peuplé de satyre et […]

6 comments
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Cet article a 2 commentaires

  1. Amante Lilli

    Un superbe article sur une pratique souvent taboue ou peu explorée ! Les photos sont magnifiques et très artistiques. L’érotisme qui s’en dégage est très puissant.

    Pour en avoir déjà pratiqué en tant qu’attachée, le shibari n’est pas sexuel effectivement dans sa forme première, mais est paradoxalement très libérateur lorsqu’on est en autosuspension par la sensation d’abandon total que cela engendre. C’est un oubli de soi qui a quelque chose d’excitant.

    Bonne année 2018 et mes meilleurs voeux à vous deux ♥

    1. Charlie Fortenis

      Merci pour ton commentaire. Je n’ai jamais essayé les suspensions … 2018 ne fait que commencer. Ce qui est clair c’est qu’au delà de la partie sexuelle la partie plus spirituelle est indéniable si on s’y autorise l’accès. A défaut de suspension je teste souvent la sieste méditative sur une branche d’arbre à 2 ou trois mètres du sol c’est aussi très sympa, ne faire plus qu’un avec l’arbre, être suspendu dans le vide et en même temps complètement enracinée …

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