Une des principales préoccupations des parents d’adolescents depuis 50 ans est de savoir ce qu’ils font quand on ne les surveille pas. Cette inquiétude légitime envers leur progéniture atteint son paroxysme quand ils s’interrogent sur les relations entre les ados et le sexe, l’amour au lycée ou les relations entre les ados et la pornographie. Ayant souvent travaillé avec des gamins issus des quartiers défavorisés de Marseille, je me suis vite aperçue que la sexualité était source de soucis pour les ados, mais encore plus pour leurs parents !

L’amour au lycée ou au collège est problématique, mais ça a toujours été le cas, non ? Même s’il y a des différences de formes, je ne crois pas que l’amour adolescent et l’éveil à la sexualité soit plus complexe (ou moins) à vivre en 2020 qu’en 1995, quand j’y étais. Me méfiant des jugements basés sur un seul point de vue, surtout si c’est le mien, j’ai fait comme avec les préjugés sur le BDSM, j’ai posé la question à des ami.e.s éducateur.e.s, enseignant.e.s, infirmier.e.s : Quel retour pouvez-vous me faire sur le comportement des ados en matière de sexe ces dernières années ? Les détails changeaient mais chaque fois le fond était à peu près le même :

Si les parents savaient ce que font leurs enfants au lycée, ils s’arracheraient les cheveux, mais ils ne veulent pas savoir ce que font leurs ados en matière de sexe et surtout, ils s’inventent des chimères entre béatification et diabolisation.

Après moult apéritifs anisés et pas mal de cafés, j’ai réussi à convaincre un ami enseignant dans un lycée technique hors de Marseille de me livrer son témoignage en tant que prof “aimé” par ses élèves sur l’amour au lycée et la relation entre les ados et le sexe en 2020. Histoire que vous sachiez un peu ce qui se passe réellement dans la vie de vos chères têtes blondes quand le chat n’est pas là.

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Les ados et le sexe en 2020, 90% de liberté

Avant de laisser la place au témoignage de XoXo, mon copain prof, je voudrais revenir sur deux ou trois notions de base concernant l’amour lycéen, les relations des ados (12 /17 ans) avec la pornographie et la relation à leur intimité, leur sexualité et leur genre.

“Quelle est la vie de mon ado ?”

Déjà, rappelons-nous que nous avons tous été adolescent un jour. Ca ne va pas en rassurer certain.e.s, je sais bien. Mais constatons qu’avec des larmes, des cris et des rires, nous nous en sommes tous plus ou moins bien sortis. Logiquement, vu que nous avons survécu au biactol et à Patrick Bruel, vos ados devraient eux aussi y arriver. Ou alors, vous n’avez vraiment aucune confiance en leur capacité à devenir des adultes et, perso, je trouve ça très suffisant de votre part.

Mon conseil en tant qu’adolescente attardée : FOUTEZ LEUR LA PAIX !

Le monde n’a pas changé tant que ça. Bien sûr, les formes ont changé et la violence des réseaux sociaux n’existait pas. Mais vous croyez qu’il y a 25 ans, les insultes écrites sur les tables ou dans les WC, les arrachages de casquette, les moqueries sur un appareil dentaire, un excès, manque de poids, les “grosse pute” parce que tu avais embrassé un garçon (ou plus) et les “sale pédale” parce que t’aimais pas le foot n’étaient pas ravageurs ?

Vous n’étiez pas une licorne rose et vos enfant ne le sont pas non plus. Alors oui, ils vont pleurer, oui, ils vont crier, et dans 99% des cas, comme avant, ils vont grandir… Comme vous !

Par contre en étant attentif, présent mais pas pressant, vous leur dites deux choses importantes : J’ai confiance en toi et je suis là pour que tu puisses t’appuyer … SI tu en as besoin !

Et ça, c’est déjà un sacré cadeau !

Les ados, le sexe et la pornographie

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, la moralisation du monde avance à grands pas ! Les lois Sesta & Fosta, le Child Online Protection Act & co aux Etats Unis, la loi Avia et ses extensions en France, si elles ne sont pas, dans l’idée, de mauvaises choses, sont, dans la forme, assez nulles voire carrément dangereuses.

Chaque fois ces lois, ou certains paragraphes, nous sont vendues pour “moraliser” internet et protéger nos chères têtes blondes au détriment de la neutralité du net, de la liberté d’expression et de l’anonymat. Je ne m’étendrais pas dessus, c’est un autre sujet. Au final, ces lois se révèlent chaque fois inefficaces pour traiter le problème d’accès à la pornographie des enfants. Quand vous aviez 15 ans et que vous vouliez voir une femme à poil, qu’est-ce qui vous arrêtait ? Quand vous vouliez fantasmer sur une paire de fesses, qui pouvait vous en empêcher ? En plus j’ai découvert que très souvent “nos ados” sont bien plus malins, moins moraux et plus tolérants que la majorité des adultes.

Des solutions existent pour éviter de censurer l’internet. L’une d’entre elles implique les parents : THE PORN CONVERSATION est un site renfermant les conseils d’Erika Lust pour aborder la pornographie et la sexualité avec des ados sans dramatiser ou angéliser quoi que ce soit. A vous de faire.

La pornographie, c’est le mal ? Le sexe, c’est trop tôt ?

A grands renforts de médiatisation, une majorité des parents est persuadée qu’actuellement, nos ados sont soumis à un flux constant d’images dépravantes, avilissantes et que les pornographes fabriquent des générations de pervers. “Le porno c’est le mal, ça avilit la femme blablabla”, vous connaissez la suite du discours. J’ai déjà développé mon point de vue sur la responsabilité du porno dans les actes sexuellement violents, je ne vais pas revenir dessus.

Quant à savoir à quel âge votre adolescent doit avoir une vie sexuelle, je crois que les parents et les images de l’autorité sont très souvent les derniers aux courants car justement, c’est le propre de l’adolescence de s’affranchir des règles, et heureusement. Dans leur immense majorité, les ados de 2020 ne sont pas pires (ni meilleurs) que les ados de 2000. Ils sont différents mais sont très souvent habités par les mêmes pulsions hormonales que LUCIE il y a 400.000 ans !

Je sais que c’est facile à dire mais : détendons-nous, et sans tomber dans l’angélisme ou le laxisme, faisons leur confiance, vraiment !

Amour lycéen, le sexe au lycée en 2020 – Témoignage d’un prof

Attablé à un bar, un jour de marché, Charlie, toujours curieuse en la matière, me demanda ce que je voyais du rapport au cul qu’avaient les élèves du lycée de province où j’enseigne, et plus généralement de comment l’institution traitait de la question sexuelle. Après beaucoup d’hésitations et de procrastination, je l’avoue, je me permets de relater ici ce que j’ai vu, entendu ces 5 dernières années. Ce n’est que le témoignage d’un prof de lycée provincial, d’après ce que les élèves m’ont confié et de comment j’ai perçu les actions “pédagogiques” entre l’institution, le corps enseignant et les élèves.

On peut noter, même si ça doit en surprendre certains, que la plupart sont plutôt matures en la matière et que leurs comportements reflètent leur temps : celui d’une post-modernité qui, malgré des tentatives de plus en plus virulentes de fermeture moralisatrice, offre encore à chacun la possibilité de s’inventer.

En effet, les comportements des jeunes vis-à-vis de la sexualité sont souvent aussi variés que réfléchis. On trouve de tout, et ce pour diverses raisons. 

Les relations amoureuses au lycée en 2020

Il y a tout d’abord les relations très classiques comme celles que j’ai pu avoir quand j’étais moi-même lycéen. Des relations qui se font et se défont un peu au gré du vent, sans que personne ne sache vraiment le pourquoi du comment. La différence majeure des relations amoureuses en 2020 par rapport à celles que j’ai connu il y a une vingtaine d’années, c’est l’incroyable mixité, la fluidité et même l’excentricité des “couples”. Il n’est pas rare que je vois des relations à trois ou quatre partenaires sans aucun souci. En tout cas pas plus qu’à deux. C’est une grosse différence, très bien vécue apparemment, avec ce qui se faisait en 1995 / 2000.

A côté de cette majorité de relations amoureuses adolescentes “standards”, il y a de plus en plus de “vrais” couples qui se sont constitués depuis le collège et qui se projettent déjà ensemble après le bac. Ils ne sont pas forcément la majorité mais se sont multipliés depuis que les conditions politiques, économiques et écologiques font voir la vie à deux comme une sécurité dans un monde fuyant. Évidemment, cela ne nie pas l’amour et l’engagement sincère, mais force est de constater que parmi les témoignages recueillis, la stabilité était un argument récurrent dans ce qui expliquait cet engagement.

Les pratiques sexuelles et le regard porté sur elles

Et bien, ce qui frappe surtout, c’est une incroyable variété, et le fait d’assumer ses choix, le plus souvent sans que les autres y trouvent à redire. Je précise qu’ici je parle de la filière “classique”, les lycées techniques, c’est encore autre chose.

Parmi les ados que j’ai en cours ou avec qui je rentre en relation dans l’établissement, on trouve de tout : du garçon adorant attacher ses partenaires à celui qui n’envisage que le missionnaire, de la jeune fille pétrie de conservatisme à celle qui assume son polyamour. Et tout le monde s’en fout, ou  du moins, en plaisante gentiment. Les lycéens considèrent généralement que l’amour est affaire privée et que tout est bon à prendre tant que chacun y trouve son compte. Il en est de même pour l’homosexualité, la bisexualité, la transidentité : pas de pression du groupe, on affiche sa différence sans problème. 

Bon, ce tableau qui peut sembler idyllique se corse quand-même avec les filières technologiques. Sans aucune analyse sociologique mais sur un simple constat, les élèves sont souvent beaucoup plus conservateurs et très souvent homophobes. C’est sur le sujet du genre et de l’homosexualité qu’il y a une réelle différence entre lycée classique et lycée technique. Parmi mes lycéens de la filière technique, j’entends parfois des propos décrivant l’homosexualité comme étant contre-nature, ou une perversion, voire pire. Dans le même ordre d’idée, la fille qui affiche sa liberté est très souvent considérée comme une pute, “une folle”.

Il faut rajouter que, régulièrement, et dans toutes les sections, je rencontre des adolescent de 14 à 17 ans qui ne savent pas ce qu’est un clitoris.

[NOTA : j’ai eu exactement les mêmes retours lors des ateliers fait avec des ados de 14 /17 ans dans “les quartiers”. Le fait qu’une fille assume sa sexualité est un réel problème pour eux et la question de l’homosexualité, surtout masculine, est clairement sulfureuse voir inaudible pour une très grande majorité. Pour vous éviter de tirer des conclusions fausses, je précise quelle que soit la religion des parents ! Charlie. ]

Pour moi, et ce n’est que mon expérience et mon point de vue, les lycéens en matière de rapport à la sexualité sont globalement plus ouverts et souvent bien plus conscients de leurs actes que ce que les parents ou l’institution veulent bien imaginer. Malgré cette énorme majorité d’ados très détendus sexuellement, il reste un noyau dur d’irréductibles coincés du cul, que ce soit par ignorance, dogmatisme, religion ou simplement peur d’eux-mêmes et de demain.

L’institution et la sexualité, surtout ne pas faire de vague

 En ce qui concerne l’institution, elle a surtout le souci de ne pas faire de vagues. On m’a, par exemple, seriné en début de carrière que je ne devais avoir aucun contact physique avec les élèves, au cas où un parent vienne à se plaindre. De plus, l’institution n’a aucun humour ni souplesse en la matière (et pas seulement). Je soupçonne qu’essayer de rassurer mes supérieurs en leur disant que j’étais plutôt gérontophile n’aurait pas vraiment aidé.

Dans le même esprit du “ne pas faire de vague”, et c’est bien plus grave, une principale de collège, à ma grande horreur, n’a pas voulu faire changer de classe une fille qui avait violé un de ses camarades (oui, vous avez bien lu), tout ça pour ne pas nuire à la réputation de son établissement en prenant des actes pouvant faire s’ébruiter une affaire.

Bon, ce cas est extrême et cette mégère pudibonde et incompétente a été mutée, mais les directions ne parlent généralement de sexe qu’à mots feutrés. Je n’ose même pas imaginer la réaction du conseiller d’éducation si je lui avais raconté qu’un élève de terminale adorait « prendre cher » lorsque que son mec le mettait à disposition, ce qui, somme toute, est son droit à jouir le plus absolu.

Même si ces deux petites anecdotes croustillantes feront hurler certains parents, je trouve bien plus préoccupante la diminution des subventions allouées aux associations d’information sur la sexualité et sur la prévention des I.S.T. Il ne faut pas oublier que certains élèves pensent encore que le sida se guérit !

Alors, à mon avis, plutôt que de faire fleurir, comme récemment, des affiches contre le harcèlement, il serait largement préférable d’expliquer concrètement et explicitement que certains comportements sexuels ne sont ni des maladies, ni des déviances. Que la sexualité, quelle que soit sa forme, est un droit individuel (déclaration de l’OMS) du moment qu’elle est faite entre personnes responsables et consentantes.

Voilà, en quelques mots, cher lecteur, malgré une institution qui régresse et quelques cas isolés d’ignorance crasse et/ou d’intolérance brute, la sexualité des lycéens de province me donne foi en un avenir empli de liberté. Pour ce que j’en vois, la moitié des ados que je croise tous les jours pourraient vous apprendre beaucoup de choses sur le monde, les relations et la sexualité… si nous les écoutions et ne les prenions pas pour des enfants !

XoXo

Liens et infos

  1. Pour en savoir plus sur la version finale de la LOI AVIA qui va régir l’internet Français – le dossier sur LA QUADRATURE DU NET
  2. Les ados sont-ils choqués, troublés par la pornographie ? Mon témoignage le jour où “mes ados” des quartiers de Marseille ont découvert que j’étais camgirl et que je faisais des vidéos olé olé.
  3. ERIKA LUST est réalisatrice et productrice de films pornographiques mais aussi mère de jeunes enfants et a créé un site avec des pédopsychiatres et différents acteurs pour aider les parents à parler de sexualité et de pornographie avec les adolescents ou les enfants.
  4. Le porno est-il responsable des violences sexuelles ? Mon point de vue dans cet article, réponse à ce raccourci de la pensée
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