Sextoy world : le monde obscur du jouet pour adulte

Avec Renaud, nous sommes de grands naïfs. En vérité, pas tant que ça, mais on tente des coups. Depuis cet été, nous essayons de rassembler des informations sur la face cachée des sextoys. Et bien c’est pas facile ! Bienvenue dans Sextoy world, un monde encore plus opaque que le dessous d’une couette avec un édredon dessus !

Sextoy world : industrie + sex + business = TABOU x 3

Alors depuis cet été nous avons quand même réussi à glaner quelques informations, en off bien sûr. Mais dès que nous demandons à un fabriquant ou à un revendeur s’il veut bien répondre à quelques questions … ça coince rapidement !

La réponse type est “ça n’intéresse pas notre / votre lectorat. Ce qu’ils veulent (nos clients), c’est du fun et de la légèreté “.

Alors oui, bien sûr que notre “lectorat” veut du fun et de la légèreté, mais pas que ! En plus, à titre perso, mon lectorat ne veut pas que ça, il cherche aussi de l’info et un peu de réflexion. Les deux, informations et fun, n’étant pas forcément antinomiques !

Autre réponse : “Ca serait volontiers mais si on dit ça, les autres vont nous tomber dessus et on va se faire griller”

Ah oui, d’accord ! Donc faut vendre du fun, de la joie et des sextoys gouzi gouzi en forme de licorne mais derrière c’est batte de baseball si tu suis pas la règle. Ca commence à être moins fun !

Le monde des sextoys : les coulisses du plaisir

Et oui, l’industrie des sextoys, et pour adulte en général, est aussi opaque que l’industrie agro-alimentaire. Les coulisses y sont froides et obscures. En partie parce qu’aucun des acteurs du milieu ne semble vouloir mettre des ampoules ou même allumer nos lanternes.

Pourtant nos questions en tant qu’utilisateurs de sex-toy nous semblent légitimes ! Je suis toujours surprise de voir à quel point les industriels et les commerçants ont peur de leur petite cuisine !

Le sextoy power ne connaît pas la crise

Quelques chiffres, histoire de connaître l’ampleur du phénomène sextoy. ATTENTION je parle uniquement du marché des sextoys. Si on rajoute les livecams, les vidéos porno, sites de rencontres, c’est juste hallucinant. Sans parler des bénéfices encore plus opaques liés à la prostitution :

En 2017 : une française sur deux admet avoir utilisé un sextoy dans sa vie. C’était à peine 9% en 2007 ! C’est la même courbe pour les hommes !

D’après l’IFOP, 45% des utilisateur.trice.s l’ont fait en duo. C’est aussi ce que j’ai pu constater suite à un sondage sur mon site

En 2017, le marché mondial des sextoys génère 22 milliards de dollars de chiffre d’affaire ! (dynamique-mag 02.2017). En France, l’industrie du sexe (sextoy & video) c’est 200 millions de chiffre d’affaire et c’est en plein boum !

étude IFOP pour Dorcel faite en 2017

L’engouement est mondial. En plus, vu ce qu’on se mange comme perturbateurs endocriniens et les difficultés relationnelles de plus en plus flagrantes, le monde du sextoy a de beaux jours devant lui !

Il serait peut-être temps que les créateurs, les fabricants et les revendeurs assument ces chiffres et osent passer à l’âge adulte de leur business. Un monde plus ouvert, non ?

Le royaume du gode, cet obscur objet du désir !

J’ai l’impression que le mouvement général est plutôt à l’ouverture et à la vraie transparence qu’au fonctionnement des années 90. Si on prend nos grands frères journalistes et médias mainstream, le dernier baromètre média est assez explicite.

Et oui, 29% des gens s’informent via internet … En plus, pour les sextoys ou la sexualité en général, à part internet il n’y a pas beaucoup d’autres sources d’informations !

D’ailleurs c’est une des questions essentielles que nous posons et à laquelle nous n’avons pas de réponse :

Quels sont vos rapports avec la publicité, les médias mainstream et les réseaux sociaux types GAFAM ?

En gros comment faites-vous votre marketting ?

Je sais pas vous mais nous, ça nous intéresserait de savoir jusqu’à quel point les médias sont, de manière épidermique, allergiques à la sexualité ludique…

Les acheteurs de sextoy veulent du fun ! Oui mais

Bien sûr, moi aussi, mais encore une fois on peut aimer les godes, les vibro et autres cockrings et aimer aussi s’informer ! Le plaisir intellectuel est même une paraphilie : c’est être un sapio sexuel ! La caresse neuronale est un élément essentiel du plaisir sexuel !

Qui plus est, le plaisir physique que je prends sera un peu diminué par une information contrariante mais le sera énormément plus si j’ai l’impression qu’on me cache un truc.

Oui je sais, c’est pénible ces gens qui ont un cerveau. Je regarde pas assez la tévè, du coup j’ai un peu de temps de cerveau disponible.

Sur les demandes d’interview que j’ai fait, on m’a répondu que c’était “hors cadre” et que “on pourrait y répondre dans le cadre d’une enquête d’un journal sur l’économie”. Oui, en gros vous y répondez auprès de gens qui, à priori, n’achèteront pas vos produits.

haut-les-sextoys

Connaitre ceux qui nous donnent du plaisir

Par exemple, combien coûte la conception d’un stimulateur clitoridien ou d’un gode réaliste ? Dans quelles conditions sont fabriqués les objets de plaisir ? Avez-vous des contrôles de qualité ? Y a-t-il des bêta testeurs (parce que des fois, on se demande) ? La liste est encore longue.

En tant que blogueuse qui fait des tests de lingeries sexy & de sextoys, j’aimerais aussi savoir l’impact que mes articles ont sur les ventes d’un loveshop ?

Ou comment les boutiques de sextoys et les fabricants d’objets de plaisir gèrent la censure pour se faire connaître ? Idem avec les banques, très frileuses sur les investissements dans le divertissement pour adulte.

Oui, les banques adorent investir dans les armes, les industries polluantes et autres bétonnages de mur de la honte mais par contre, financer une production X c’est mauvais pour leur image…

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Et puis répondre à ces questions nous permettrait aussi de mieux connaître nos dealers de plaisir. Quel est l’esprit de la boîte ? Juste faire de la thune, ce qui est normal, ou y a-t-il d’autres éléments derrière ?

Quel est leur rapport à l’écologie, qui devrait être une des préoccupations majeures de tout industriel / commerçant en 2018 et ce, quelle que soit sa branche d’activité ?

Et tellement d’autres choses… Mais voilà, mes lecteurs, leurs clients, donc vous en gros, veulent du fun ! Et savoir, comprendre, se dévoiler, apparemment c’est pas fun et surtout c’est pas bon pour le commerce.

Peut-être y a-t-il un moyen de les encourager. Je pense que s’ils voient des partages, des retweet et des commentaires de votre part, ça va les encourager à répondre à ce questionnaire de base.

Sextoy world, petite mise en lumière

Comme je vous le disais plus haut, nous avons eu des info en off. Tous m’ont bien précisé “tu mets pas ma voix / mon nom en ligne, hein ?!” – “Même si je bidouille ta voix ? Ou que je mets un pseudo ?” – “Non je préfère pas, c’est un petit monde donc ça va très vite.”

Alors bien sûr qu’il ne va pas y avoir un meurtre parce qu’un tel aura parlé. Mais il y a d’autres formes de punition et de pression. En tout cas, quels que soient les moyens ou l’illusion de moyens, ça fonctionne bien.

World of sextoy : quelques infos

Alors ne vous attendez pas à de grandes révélations ! Je ne suis pas journaliste, juste une consom-actrice qui fait des sourires pour récupérer quelques infos. Mais en attendant d’autres infos ou qu’un créateur / diffuseur de sextoy veuille bien me répondre sincèrement, voilà quelques infos rigolotes :

Le label “conçu en France” ou dans nos ateliers …

Ben non en fait ! Quand on a accès au catalogue des grossistes, on découvre avec effarement qu’en fait, le sextoy si magique, si super innovant, ça fait 5 ans qu’il est diffusé au Japon, en Amérique ou autres.

Ce qui a été “conçu dans nos ateliers”, en fait, c’est la couleur ! Ce qui est innovant, c’est d’en avoir l’exclusivité pour un territoire. Point barre !

Je ne parle pas bien sûr de vrais créateurs, comme idée du désir

Du coup comment “se fesse” qu’il y ait des écarts de prix du simple au double entre un sextoy européen (vendu en angleterre, allemagne, france) et son homologue en Asie ou aux USA ?

Le Crisco est ton ami !

Qui, parmi les amoureux des dilatations anales ou des pénétrations extrêmes, ne î pas le CRISCO ? Un lubrifiant méga glissant…

Et bien en fait, le CRISCO c’est l’ingrédient phare qu’on vend pour réussir les
glaçages pour les cupcakes et autres gâteaux typiquement américains ! Le seul hic c’est qu’en devenant un produit pour le sexe, il prend quelques euros dans les dents !

Rayon cuisine, les 450 grammes de CRISCO se trouvent entre 5 et 6€. Par magie, en sexshop c’est en général 10€ (sauf sur BOYSTORE où il est à 7.50€)

La (non) liberté des prix du sextoy

Je ne suis pas juriste mais il me semble qu’il y a une loi Française qui oblige à la concurrence et à la liberté des prix. Après quelques recherches, j’ai trouvé ceci :

l’article L. 113-1 du Code de la consommation : « […] les prix des biens, produits et services […] sont librement déterminés par le jeu de la concurrence ».

Du coup je m’interroge : Comment se fait-il que certains sextoys de marque très très connue soient tous au même prix, et ce, quel que soit le vendeur ?

J’ai beau lire et relire l’article et ses annexes, j’avoue que je ne comprends pas cette uniformisation des prix. Les boutiques ne seraient donc pas libres de fixer un prix sur certains sextoys ? Le fabricant ferait-il pression sur eux d’une manière ou d’une autre ?

Comme par exemple, refuser de travailler avec eux dans le futur, défaut de livraison et autres moyen plus ou moins retors.

Pourquoi du full plastoc dans le packaging

Alors ça, c’est pas compliqué : Pour un sextoy vendu 40€, un emballage à partir d’une barquette plastique coûte 0.30 cents d’euro. Soit 1.2% du prix de vente (pas du prix de fabrication).

Pour le même sextoy à 40€, si on fait un emballage en carton c’est 0.75 cents, soit 3% du prix de vente.

En tant que particulier soucieux de sa santé et de son environnement, je me demande s’il n’est pas possible de faire “un super moit-moit”. Par exemple, que nous payions 22 centimes de plus notre gode et que eux fassent 22 centimes de moins de profit ?

La logique c’est que nous, on regarde à l’unité, donc 0.22€. De l’autre côté, ils regardent au conteneur pour 10.000 pièces, ça fait 2.200 € de non gagné !

Et oui, ce n’est pas de l’argent perdu, juste de l’argent qu’il ne gagneront pas !

Du coup nous continuons gaillardement à bousiller notre planète pour 22 centimes ou 2200 euros non excédentaires … C’est pathétique !

Rappelez-vous, le business du sextoy en france c’est 200 millions d’euros, et dans le monde environ 20 milliards !!!

Qui osera passer le cap et affronter son public ?

Je comprends tout à fait les fabricants, les diffuseurs et les créateurs de sextoys. Ce n’est pas là le problème. C’est un marché concurrentiel et leur but premier est de faire un max d’argent. Ok, je respecte ce choix.

Maintenant posons-nous la question suivante : vers qui va aller un consommateur ? Une boutique ou un fabricant connu, bien sûr ! Mais entre deux marques, une transparente et l’autre opaque ?

Idem pour les “petits”, ne serait-il pas possible que vous vous appuyiez sur la transparence et que vous en fassiez un outil de comm, au lieu de vous planquer par peur de ?

Je ne sais pas si vous regardez les infos mais les gens, les couillon.ne.s comme moi (et peut-être vous aussi), ont en de plus en plus de mal à être pris pour des crétins !

On sait que le monde n’est pas rose et que la marmotte n’emballe pas le chocolat. Mais peut-être est-il temps d’utiliser la vérité, ou à défaut la limpidité, plutôt que de la redouter ?

Alors maintenant, lequel d’entre vous acceptera de sortir de l’ombre en répondant à ce petit questionnaire ? Je me ferais un plaisir de vous relayer et d’informer mes lectrices et lecteurs sur votre travail.

Je n’ai pas trouvé d’études présentant les acheteurs de sextoys suivant leur catégorie socio-professionnelle mais je serais curieuse d’en savoir plus à ce sujet. Voir si mon à priori est fondé ou pas …

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