Les slow movie, le monde avant la 3D et la 4G

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Les slow movie, le bon vieux temps où on savait filmer

Vous connaissez maintenant le slow sexe, grâce à Emma de Paris DeRRière notamment, maintenant on va parler Slow Movie. Vous savez, cette époque maintenant révolue où les plans étaient lents, longs. Cette époque révolue de l’art cinématographique où le réalisateur réfléchissait longuement à sa mise en scène. Comment placer la caméra. Comment donner de l’action alors qu’il ne se passe rien. Un monde où le cinéma ne connaissait pas la 3D, les effets supers spéciaux et parfois supers spécieux. Le monde du Slow movie où l’acteur, l’art, le point de vue étaient des éléments essentiels de la composition d’un film. Le monde du noir & blanc et de la bande son calme.

Slow Movie, le film français à l’honneur.

C’est Mardi que le déclic s’est refait en moi. En regardant l’excellentissime Cercle Rouge de Melville, loin de m’endormir j’ai capté à quel point la mise en scène et le réal. étaient des éléments essentiels d’un bon film. Du coup j’ai aussi observé à quel point le cinéma dit moderne, main stream, actuel, s’était appauvri sur cette partie.

Imaginez actuellement un film, un blockbuster s’entend, qui proposerait comme dans le cercle rouge une scène de cambriolage de 25 minutes avec aucune bande son, pas d’effet spéciaux et qui dure … 25 minutes !

25 minutes, sans un bruit à part celui de la rue. Une séquence de 25 minutes dans une pièce close où l’action est donnée par une seule chose, le jeu des acteurs et les plans du réalisateur ! C’est juste impensable à l’époque de Thor, Jason Bourne et Star Treck.

Un film où l’acteur était le roi.

Alors je vais pas pleurer sur le bon vieux temps. C’est pas le genre de la maison. Mais juste remettre au goût du jour les héros à la papa comme disait Godard. Remettre sur le devant de la scène des films simplement posés où le jeu de l’acteur était au centre.

Des films où nos yeux, nos oreilles, notre tête étaient complètement pris par le grand écran. Vous savez, le long travelling dans tous les Il était une fois... Les gros plans sur les yeux de Piccoli dans La diagonale du fou. Ou encore notre beau Lino Ventura roulant sous la pluie pour voir un récital de musique classique dans la 7ème cible (avec encore l’excellent Michel Piccoli).

On parle film français et Lino Ventura… Le choix et l’embarras, je peux vous faire 10 pages rien que sur lui. Alors dans le désordre et en oubliant plein de films : Le silencieux, Le gorille, Les misérables, L’armée des ombres, bien sûr, l’Aventure c’est l’aventure, Dernier domicile connu, La grande menace, et tellement d’autres. Je me limite volontairement, il y en a tellement d’autres, tellement de chefs d’oeuvre. Rappelez vous, pour les plus âgés, la dernière séance. Vous vous rappelez La nuit du chasseur avec Mitchum, terrible !

 




Des films où jouer n’était pas cabotiner

Je repense à Michel Piccoli, justement dans La diagonale du fou, il ne se passe rien et pourtant par la qualité de son jeu et par la réalisation vous restez en haleine 1h45 sur une partie d’échec. J’ai joué aux échecs, et bien visuellement une partie d’échecs c’est aussi palpitant que la vie de l’amibe dans une solution sucrée. Pardon, l’amibe a plus de vie visible que le joueur d’échec. Pourtant quelle intensité !

C’était l’école des acteurs à la française, tout dans l’intériorisation. D’autres courants existaient, attention je ne dis pas que celui là est mieux qu’un autre, loin de moi cette idée. Mais je reprends à mon compte un propos d’Abel Gance je crois, le drame du cinéma c’est de l’avoir laissé aux banquiers ! 

Un peu comme la musique je dirais. Il faut que le retour sur investissement soit supérieur à X. Dramatique ! Le cinéma n’est plus alors de l’Art mais bien du cochon. Ou alors on tombe dans les films de genre. Les films pour une élite ou revendicatifs. Je sais pas vous mais je vais parfois dans des festivals de courts métrages et …. oh les gars suicidez vous ça ira plus vite ! Quelle tristesse, quelle prise de tête pour pas grand chose et surtout quel dramatique conformisme dans l’originalité !

Et pourtant !

Alors bien sûr y a des grosses daubes absolues ! Bien sûr aujourd’hui il y a encore de très très beaux filmx. Dans le désordre : Imitation game, 10 cloverfield lane, Toril (mon chouchou 2016), Instinct, Snowpiercer et d’autres mais j’ai pas le cerveau dispo là. Mais sur la masse ça fait pas beaucoup de films qui restent en tête un an ou deux après. Alors des films qui reviennent te hanter (le cercle rouge) 30 ans après … Et si vous regardez bien tous les films que je cite, pouah quels acteurs ! et quels réals !

Donc je ne vais pas faire un plaidoyer pour les vieux films, juste un rappel pour penser à les ressortir. Les montrer à nos enfants, nos plus jeunes ami.e.s, pour leur montrer autre chose et éviter que ces films disparaissent et avec eux une autre vision, plus lente, plus posée du monde. Une époque où la pellicule coûtait cher et où tu étais obligé de prendre du temps avant, pendant et après. C’est peut-être la seule chose qui manque actuellement. Se poser, sentir, réfléchir et enfin agir.

Bon comme d’hab j’ai oublié plein de choses et je n’ai cité qu’un milliardième des films que j’adore. Un dernier pour la route ? Dans les films légers et bons comme des madeleines ? Allez faire un tour chez Meurisse, Le monocle rit jaune, ou moins funky, Les diaboliques (la version originale). Vous aimez le drame absolu ? Costa Gavras est là avec son pote Chabrol et au pire il vous restera  plus qu’à faire un tour avec Dennis Hooper pour un Easy Rider.

Les slow movies c’est, il y en a encore, juste une façon de voir le monde. Poser ses fesses, laisser des gens faire leur métier, jouer, acter des choses (origine de acteur). C’est une façon d’être au monde où on a le temps de vivre, le temps de réfléchir, le temps de savourer … le temps d’aimer l’art au lieu de consommer des images.

Voili voilou, le brin de causette est terminé et j’espère qu’on se retrouvera la s’maine prochaine

Les autres #1B2C

 

Une réflexion au sujet de « Les slow movie, le monde avant la 3D et la 4G »

  1. Bonjour,
    Merci Charlie ! Merci beaucoup pour ce pladoyer des films « à l’ancienne », « à la française ». Quoique « Midnight Cowboy » revu récemment avec Dustin Hoffman et Jon Voight dans le genre américain slow motion n’est pas à jeter par la fenêtre. Et il y en a des centaines comme ça. Sans évoquer les musiques originales qui ont laissé des traces indélébiles dans nos mémoires. Et puis, peut-on ne pas oublier ces chers grands auteurs dialoguistes qu’étaient Jacques Prévert, Henri Jeanson, Michel Audiard. Plus près de nous Jean Loup Dabadie. Ah nostalgie, quand tu nous tiens !
    Merci
    rcp84

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