• Post comments:0 commentaire
  • Reading time:9 mins read

Avec la lettre à Proudhon de Joseph Déjacque, la lecture érotique de cette semaine sera un peu spéciale. Rassurez-vous, on reste dans des histoires entre des hommes et des femmes mais on va un peu s’éloigner de l’érotisme. Après les deux épisodes des lectures érotiques consacrées à LOULOU de Max Obione, j’ai eu envie de casser les codes et de continuer à commémorer à ma manière la semaine sanglante de 1871 qui se finit aujourd’hui 28 Mai 1871/2021

Comme nous venons de fêter les 200 ans du dictateur Napoléon et que peu de médias parlent de la commune de 1871, j’ai eu envie de me servir de mon podcast proscrit par la morale et “les standards de la communauté” pour pousser le vice en rendant hommage aux mort.e.s, aux penseurs.es, aux rêveurs.es qui se sont faits massacrer sur les pavés parisiens par les troupes de la troisième république voilà 150 ans.

Une des bases de l’érotisme étant la transgression, PROFITONS-EN ! Alors pour casser les codes et transgresser l’ordre établi, quoi de mieux que les textes d’un anarchiste ? Pire que ça, carrément un libertaire ! Pour la lecture pas très érotique de cette semaine, j’ai donc choisi des textes de Joseph Déjacque, une des lettres de Déjacque à Pierre Joseph Proudhon. La semaine prochaine, vous découvrirez quelques uns de ses poèmes.

On retrouve dans les poèmes la douceur, l’espoir dans l’humanité que Déjacque a mis en co-créant LA SOCIALE, le mouvement de solidarité des travailleurs qui connut son essor pendant la commune de 1871 et qui préfigure la solidarité “à la française” de notre actuelle sécurité sociale. La lettre à Proudhon, elle, est d’un tout autre style. Déjacque reprend littéralement de volée le père fondateur de l’an-archisme en le traitant carrément de pourceau.

Proudhon, comme beaucoup d’hommes de son époque, était misogyne. Déjacque, lui, ne pensait qu’en termes d’Humainité, loin du dualisme masculin / féminin qui, hélas, à encore cours de nos jours pour le grand plaisir des puissants de tout sexe.

“Qu’est-ce que l’homme ? RIEN ! Qu’est-ce que la femme ? RIEN ! Qu’est-ce que l’humain ? TOUT !”

Joseph Déjacque

J’espère que cette lecture hommage aux utopistes morts ou vivants vous donnera envie de surveiller votre bouche et vous fera un peu plus penser, agir et parler en tant qu’être humain plutôt qu’en chatte ou en bite.

Podcast La Lettre à Proudhon de Joseph Déjacque

La commune de Paris, sous les pavés… les baïonnettes !

Il y a 150 ans, des hommes et des femmes mouraient au cri de vive “La Sociale”. Il y a 150 ans, des humains, des Parisiens, des pauvres et des moins pauvres tombaient sous les balles de l’état français, tombaient sous les balles des fusils que tenaient leurs frères humains. En 1871, la république française demanda à ses forces de l’ordre de ramener l’ordre dans Paris. L’état français ordonna à ses forces de l’ordre de massacrer les insurgés, d’étouffer les cris dans le sang des gorges et des corps affranchis.

En 1871, la troisième république française demanda aux troupes de la république de tirer sur leurs frères et leurs soeurs de la commune, leurs frères et leurs soeurs qui luttaient contre l’ennemi prussien alors que les dirigeants de la république, eux, avait fui à Bordeaux puis à Versailles.

En 1871, les troufions ont obéi, ce n’était pas la première fois, ce ne fut pas la dernière. En 1871, les armées de la république du président non élu Adolphe Thiers obéirent en tirant sur leurs compatriotes.

En 1871, les fusils républicains crachèrent sur leurs frères au son du “La République sera conservatrice ou ne sera pas”, ils crachèrent sur leurs sœurs pour faire régner le parti de l’Ordre.

En 1871, au cours de la semaine sanglante on dénombra environ 800 victimes du côté des forces de la république Versaillaise, et 10.000 au sein des gardes nationaux et des insurgés de la commune de Paris.

Cette histoire, c’est celle de la commune de 1871, c’est l’histoire des pauvres gens qui n’ont eu comme tort que celui d’espérer un autre monde pour eux et pour leurs enfants. Cette histoire n’est pas pour les bien-pensants ni pour les conformistes. Comme toutes les histoires dignes de ce nom, elle est réservée à ceux qui transgressent les standards de la communauté, elle est pour les grands enfants, ceux qui rêvent debout et qui continuent à oeuvrer pour créer “L’humanisphère”.

Le fort tuait le faible ou s’en emparait. L’esclavage et l’oppression s’étaient attachés comme une lèpre aux flancs de l’humanité. (…). Que va faire l’intelligence ? Vaincra-t-elle l’ignorance ? Va-t-elle délivrer les hommes du supplice de s’entre-détruire ? Brisera-t-elle les odieuses chaînes de la famille patriarcale ? Fera-t-elle triompher la révolte toujours menaçante de la tyrannie toujours debout ?

Joseph Déjacque – L’HUMANISPHERE

Attention, la commune n’est pas un eden, elle n’est pas vertueuse, elle est loin d’être exemplaire, elle n’était qu’un cri du peuple à ses dirigeants, un cri des esclaves lancé à la face de tous leurs geôliers et aux bien-pensants.

Joseph Déjacque. Il n’y en a pas un sur 100 et pourtant…

Joseph Déjacque est un utopiste et accessoirement un anarchiste individualiste du XIX ème siècle. Il est né en 1821. Orphelin de père, il grandit dans un milieu très modeste, sa mère était lingère, et s’instruit comme il peut en creusant le moindre fragment de pensée qui lui tombe entre les mains. “Il lit peu, observe beaucoup et médite encore plus”. Apprenti vendeur à l’âge de 12 ans, il s’engage à 19 ans dans la marine et découvre l’absurdité de l’autoritarisme militaire et la pensée orientale.

Après la chute de la monarchie de Louis-Philippe en février 1848, Joseph Déjacque se fait remarquer par les autorités lors de l’insurrection ouvrière contre la fermeture des ateliers nationaux de juin 1848. Une insurrection populaire qui fut, comme souvent, matée dans le sang (plus de 5.000 morts en 4 jours) par la seconde république.

Condamné pour insurrection, agitation et comportement anti-républicain, il est d’abord soumis à des peines de prison qui ne le calme pas, puis aux pontons avant d’être définitivement banni de la France du second empire bonapartiste qui n’aimait pas que le bon peuple revendique trop fort ses désirs d’autonomie.

Déjacque fuit Paris pour s’exiler à Londres puis New-York et en Louisiane. Vivant de mendicité et des souscriptions à son journal LE LIBERTAIRE, il ne cessa jamais d’écrire et d’haranguer tous et toutes dans une prose incisive, méthodique, sanglante, qui mêle le fiel et le miel”. Déjacque restera jusqu’à sa mort un pourfendeur sans relâche du concept d’autorité qu’il décline en “dualisme, paternalisme, délégation, capitalisme, esclavagisme, religion, famille, gouvernement et bien sur propriété.”

“L’autorité, c’est l’unité dans l’uniformité ! La liberté, c’est l’unité dans la diversité. “

Joseph Déjacque

Sa pensée est tout sauf académique. Autodidacte, il est fondamentalement un non conformiste. Ses points de vue, ses écrits, ses vers conçus comme des crocs et sa parole sont très, trop diront certains, même parmi les anarchistes, trop indépendante ! Déjacque ne recule jamais, il ose tout, même, surtout diraient certains, s’attaquer aux grands noms. Victor Hugo, Garibaldi, Babeuf, Félix Pyat, Ledru-Rollin en firent les frais. Il s’en prend même, surtout diraient certains, à Proudhon, le père de l’an-archie moderne.

Déjacque, l’insupportabilité de la séparation homme / femme

Plus que la pensée de Proudhon, c’est sa misogynie, son dualisme, son paternalisme et la bauge intellectuelle dans laquelle “ce vieux sanglier qui n’est qu’un porc” se prélassait quand il parlait des femmes, qui furent la cible du jeune Joseph Déjacque. Il n’hésite pas à invectiver et à littéralement insulter Proudhon, le traitant de puceau adolescent !

Malgré la misère, la maladie, l’isolement, il restera jusqu’au bout un libre penseur et un être humain libre de sa parole, sans regrets, sans excuses, amoureux de l’Humain et crachant sur ceux qui se limitaient à n’être qu’homme ou femme.

Il décédera à l’âge de 44 ans dans un asile parisien, “fou de misère” mais en laissant à travers son “HUMANISPHERE” les bases de la plus grande utopie non sexiste, non classieuse, non possessive et a-doctrinale de tous les temps.

Quand je parle de l’homme, ce n’est pas seulement d’une moitié de l’humanité dont il est question, mais de l’humanité entière, de la femme comme de l’homme, de l’Être humain.

Joseph Déjacque

Soutenez, écoutez, abonnez-vous : Soyez un Charlie’s Angels

Liens et infos autour de Joseph Déjacque

  • Offrez vous le recueil des textes libertaires de JOSEPH DEJACQUE paru chez LA FABRIQUE – 15€. C’est un petit bijou d’intelligence, d’utopie, de rage et de poésie. Un indispensable dispo EN LIBRAIRIE
  • Pour en savoir plus sur Joseph Déjacque et les libertaires un site free.fr lui est consacré JOSEPH.DEJACQUE
  • La lettre à Proudhon de Joseph Déjacque sur PANARCHY
Vous avez aimé ? Partagez !

Laisser un commentaire