J’ai loupé la révolution sexuelle …

Je ne suis pas une femme libérée… Et oui, c’est ce que je me dis parfois. “Décidément, t’es sacrément coincée du cul, ma pov’ fille !”. C’est vrai, ça ! D’ailleurs je ne suis pas libertine, je ne vais pas en club tous les week end, je ne fais pas de partouze, ni de bukkake.

Charlie ou l’histoire d’un échec de la révolution sexuelle

Je n’ai pas ma séance hebdomadaire de BDSM, je ne porte pas non plus de latex dès que je le peux. Je ne baise pas avec mes fans et mon mec n’est pas candauliste ! On ne pratique pas le pegging, on ne fait pas de triolisme, d’échangisme, de côte à côtisme, de mélangisme et je suis même pas mélenchoniste !

Je ne suis pas non plus fornophile, ni zoophile. Je ne suis pas spécialement fétichiste ni même féministe. Tristesse, je ne suis pas gauchiste, je n’ai pas l’âme militantiste et encore moins corporatiste.

Je ne fais pas de dilatation extrême. Je ne suis jamais allée sur un site de rencontre ou une appli pour trouver un plan cul. A vrai dire, je cherche même pas de plan cul.

Décidément, je suis désespérément classique. Une pov’ fille lamentablement vanille.

Je ne suis pas libérée de la morale …

Je ne viens pourtant pas d’un couvent. Mes parents se sont cocufiés à tire larigot ! Mais eux aussi, ils avaient le spectre de la morale qui planait au dessus d’eux.

Ils l’ont pas forcément bien vécu, vu comme ils se détestent joyeusement aujourd’hui. (Enfin, joyeusement, façon de parler !)

Quand j’ai eu des aventures « extra conjugales », ben j’ai culpabilisé comme une dingue ! Si, si ! Et j’ai mis du temps, beaucoup de temps, à ne plus me sentir coupable. D’ailleurs j’ai « fauté » hyper tard ! J’ai attendu d’avoir 27 ans et que ce soit mon chéri actuel …

Mon premier film de cul, j’avais 20 ou 21 ans, et je l’ai regardé en cachette, chez ma mère et mon beau-père, quand tout le monde était couché, en flippant qu’on me surprenne.

Bon, même si de 14 à 17 ans, je matais en boucle l’Empire des Sens dès que j’étais seule. Même si à 6 ans je lisais des Reiser, Paulette de Wolinski, Alex Varenne et autres bd de cul, à libre disposition dans la bibliothèque familiale en me touchant là ou ça fait du bien.

Je suis une camgirl vanille…

Alors oui, je suis camgirl. Mais ça n’a pas toujours été simple. Pas de me montrer, de ce côté là ça va. Mais d’assumer de gagner ma vie avec le sexe. C’est pas si simple d’assumer de se branler et de prendre mon pied avec d’autres mecs que le mien.

Pas si simple d’oser faire un show devant mon mec qui regarde. Encore moins d’oser incarner l’archétype de la putain et de porter sur mon dos de fille romantique des fantasmes que j’aime et d’autres moins sympa mais qui sont assez courants.

Maintenant j’ose, maintenant j’assume la totalité de ma vie, mais ça n’a pas été simple.

charlie coquelicot abfab photo

Pourtant pour les gens, ça semble facile

Et pourtant, quand je me balade sur les différents sites sexo et CULturels, tout semble si facile, si normal. Même à la radio ils en parlent ! Même dans femme actuelle on me dit comment m’amuser dans la pluralité ! La morale aurait-elle disparu sans qu’on me prévienne ?

Quand je lis les articles, les témoignages, il semble que personne ne se pose de questions. Tout est déjà acquis. Pas de lambeaux de morale, pas une once de culpabilité, de jalousie, de possessivité ou d’appréhension. Tout glisse, c’est simple, léger, fastoche !

Serais-je donc la seule à douter ?

Suis-je la seule à appréhender par moments, et me poser des questions ? Merde alors, j’ai vraiment loupé un truc moi. Ouais, au vu de tous vos témoignages, j’ai vraiment loupé la révolution sexuelle, je crois …

Et pourtant … dans ce monde où règne le libertinage facile, la partouze aisée et le pegging libéré, pourtant youtube vient de fermer ma chaîne, Facebook ma page et mes deux comptes …

Parler de sexualité, ça reste dangereux apparemment …

Quand je discute avec des copines qui, elles, sont full free, total open, voire même open source à donf, elles n’en mènent pas large et vivent avec la peur au ventre et la hantise que papa, maman, la bonne et le premier passant les reconnaissent, les séquestrent et les oppressent.

Et quand je discute avec mes copines, désespérément vanilles et rétrogrades, elles aussi, c’est pas leur quotidien que d’envisager des plans à 3, d’aller en club à partouze ou de mettre une cage de chasteté à leur cher et tendre.

charlie coquelciot

Internet, c’est pas la vraie vie ?

On m’aurait donc trompée ?! On me vendrait donc des fariboles ?! Hélas ce qu’on trouve sur les réseaux sociaux, sur les sites, sur la toile géante et béante du net, c’est pas la vraie vie.

La vie est bien plus subtile que ça. La vie se teinte de nuances, de cheminements individuels qui n’ont pas leur place dans les mondes virtuels.

Dans les mondes virtuels que nous likons, partageons et commentons. Ces mondes où la happy face est la règle et où le bonheur s’étale jusqu’à devenir nauséabond, tout comme la haine d’ailleurs. Dans ces illusions de réalité, on ne parle pas de ce qui blesse, des douleurs, des hésitations moyennes ! Ici c’est le règne du show ! C’est violent, c’est tout ou rien. Un monde de blanc ou noir, sans nuances, sans hésitations. Des vérités tranchées, des titres putaclic et des photos provoc pour attirer le like et générer le comm.

Au final, tout ça ce n’est que la mise en place de nouvelles normes. La norme du bonheur et du libéralisme sexuel.

Mais le but, ce n’est pas d’être libre ?

Se sentir obligé d’être bisexuel.le, de baiser à tout va, tous les jours, de jouir à chaque fois, c’est pas forcément hyper libérateur. “Je ne me sens pas obligé.e.” Ben oui, ça s’appelle les bases de la manipulation, la sociologie et la psychologie l’expliquent fort bien. Mais ça c’est complexe alors on préfère pas en parler, pas le surligner, pas l’exposer.

Rappelez-vous : du blanc, du noir, des sourires et des larmes, point barre ! Jamais de nuances, c’est la règle !

En fait c’est juste des nouvelles contraintes. Une nouvelle morale anti morale précédente. Mais au final, les contraintes dépendent juste du monde dans lequel on évolue.

Pour certains, certaines, c’est de porter un voile, d’avoir honte en permanence de son corps, ses pulsions, ses désirs.

Pour d’autres, c’est l’inverse, c’est avoir honte de ne pas avoir envie, se sentir obligé de tout faire, même ce qui nous amuse pas.

Pour moi, le but, c’est la liberté. Et je ne me fais pas d’illusion, je ne l’atteindrai jamais. Mais c’est le phare qui brille dans ma nuit et éclaire mes pas.

Sortir des exigences & affronter SA liberté

La liberté, c’est choisir de ne plus se plier aux exigences de notre monde, de notre histoire, de nos familles, de notre société, et accepter toutes les conséquences, en pleine conscience.

C’est arrêter de subir nos masques intérieurs, la salope, la coincée, la jalouse, l’envieuse. Sans les mettre à la poubelle, juste être conscient du masque qu’on choisit d’utiliser, à un moment T.

Alors oui, je suis camgirl. Une camgirl vanille.

Non, je ne rêve pas de partouze ni de bukkake. Oui, je suis jalouse et possessive. Désolée mais je n’ai pas tout le temps envie de baiser pourtant  j’aime me sentir désirée.

Oui ça m’excite de m’exhiber devant des centaines de mecs en cam. Oui j’aime prendre mon pied avec d’autres mecs en cam. Pourtant je suis et je reste “fidèle”. Et si un jour j’ai envie de coucher avec un autre mec que le mien, je ne m’en empêcherais pas. Mais je me poserais la question : pourquoi ? Je cherche quoi ? (c’est un autre sujet, on en parle bientôt, promis!)

Embrasser nos contradictions et nos paradoxes, c’est un petit pas vers la liberté je crois.

Se les cacher pour être dans le mood, utiliser le sexe pour combler sa peur, se mentir, somme toute … c’est un pas de plus vers notre prison intérieure.

Cet article a 2 commentaires

  1. J’aime pas te contredire, mais t’as rien loupé ma chérie ! Tu es une femme libre, libre d’assumer celle que tu es, libre d’avoir des fantasmes et de ne pas avoir envie de les réaliser, libre d’aimer te faire mater dans tes shows sans avoir pour autant envie de sauter le pas vers la réalité avec ces hommes (et femmes, je suppose) qui te font jouir en guidant tes gestes, libre de revendiquer ta jalousie, libre de ne pas surfer sur toutes les modes de consommation sexuelle, libre d’être la femme que tu es !
    Alors, tu as peut-être loupé mai 68, mais en tout cas tu as parfaitement réussi ta libération sexuelle et c’est bien le plus important !

    1. heu je vois pas forcément ça comme “me contredire”, ce qu’au passage je t’encourage à faire. C’est trop triste si tout le monde à le même avis.
      L’article etait plus une interrogation par rapport à la “révolution sexuelle” qu’on nous vend dans biba, femme actuelle et autres blogs et médias mainstreet

Laisser un commentaire