Le café de CHARLIE-LIVESHOW

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Mes préjugés, tes préjugés, on peut changer


Mes préjugés, tes préjugés, on peut changer
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Notre peur ne reflète pas toujours la réalité. Rarement même je dirais ! Je vais vous raconter une petite histoire qui m’est arrivée la semaine dernière. Une histoire qui met un kick à pas mal de préjugés et qui fait du bien au coeur. Dans une autre partie de ma vie je donne des cours de théâtre à des gamins de quartier.

« les pires » offrent le meilleur, une jolie petite histoire

Des gamins qu’on dit difficiles, impitoyables et plein de préjugés. Dans un sens c’est pas faux. Ca fait 2 ans que je bosse dans le même quartier, et c’est vrai que la 1ère année a été super compliquée par moments. Tout à coup, tu sens que le fait d’être une fille, ça impacte sur l’autorité qu’on t’accorde.

Les gamins avec lesquels je bosse sont des ados qui ont entre 12 et 17 ans. Evidemment, je ne leur ai pas parlé de mon activité connexe, à savoir mon site, la cam, les videos X, etc. Je n’en ai d’ailleurs pas parlé non plus à l’asso qui m’emploie.

Premiers préjugés de ma part. Je les justifiais par le fait que d’une part ça ne les regardait pas. D’autre part je me disais, si j’en parle, jamais on me laissera bosser avec des gamins.

Ben oui, c’est un grand classique des préjugés, si tu as un quelconque rapport avec le monde du cul, tu es forcément dépravé, déviant et tu risques de dévoyer ces pauvres âmes innocentes.

Faut voir la gueule des âmes innocentes que je me chope. En plus déjà que c’est pas toujours évident que mes ados m’écoutent, je pensais : « s’ils savent que je bosse dans le cul, bye bye respect ».

J’assume mais…

Depuis le début j’assume mon site, je refuse de me planquer et je fais tout à visage découvert. La cam, les tests sextoys, les videos X. Par conviction. Alors oui bien sûr j’ai eu des peurs. Peur qu’on me reconnaisse dans la rue, peur de me « griller ». Mais avoir peur, c’était légitimer que je faisais quelque chose de honteux, quelque chose qu’on doit cacher. Et je suis plutôt fière de ce que je fais. Alors j’ai pris ma peur par la main et je lui ai dit Bisouxx bye bye. Et puis, soyons honnêtes, si on tombe sur mon site c’est pas en faisant une recherche de point de macramé.

Malgré ça il restait un endroit caché, un endroit où, je dois l’avouer, je flippais quand même qu’on connaisse l’existence de mon activité cul, c’était l’asso et le centre social avec qui je bosse pour donner des cours de théâtre aux gamins de quartier. Et bien entendu j’avais peur de la réaction des gamins, de leurs parents, etc… J’anticipais leur réaction, j’étais sûre que s’ils avaient vent de mon activité, ben en gros je serais virée sur le champ. Et j’aime bien bosser avec ces minots.

Tout finit par ce savoir

Seulement voilà. Je bosse avec un groupe d’ados dont les 3/4 sont des mecs aux alentours de 14 ans. Et arriva ce qui devait arriver. Juste avant le 1er cours de l’année 2017, je reçois un coup de fil de l’asso. « Oui Charlie c’est Juliette, voilà il faut que je te parle d’un truc un peu délicat. Voilà, pendant les vacances, tes ados sont tombés sur des vidéos de cul et ils sont persuadés de t’avoir reconnue. Ils en ont parlé à leur animateur. Donc c’était pour savoir si c’était toi, et du coup comment on fait ? » Là j’ai un peu changé de couleur. Cool ça se voit pas au téléphone.

2 solutions : mentir, ce qui serait absolument ridicule, ou assumer, et on verra bien et j’assumerais aussi les conséquences.

Donc oui oui, c’est bien moi. En fait je fais de la cam depuis 4 ans, je tiens un blog qui parle de sexualité, je fais des tests sextoys, bla bla bla, je déballe tout. Tranquille. Mais quand même prête à m’entendre dire que je suis virée. Et ben pas du tout ! Les filles de l’asso ont juste super bien réagi, en me disant en gros que je faisais un peu ce que je voulais avec mon cul, que depuis que je bosse avec elles, y a jamais eu de problème et même qu’elles sont super contentes de mon taff. OUAHOU ! Putain que ça m’a fait plaisir ! Et cerise sur le gâteau, la demoiselle m’a aussi appris que le directeur du centre social avait réagi de la même manière, il voulait juste que je puisse en discuter avec les jeunes.

C’est pas possible que ce soit cool.

Donc le centre, les équipes, ok c’est des adultes, ils sont intelligents patin couffin mais « à mon avis avec les jeunes c’est pas gagné, ils vont me traquer à mort, voire carrément plus me respecter du tout et me voir comme une salope ». Ben oui, la première partie de mes préjugés était tombée mais il restait quand même bien ancré le fait que les gamins, ces gamins, dit « à problèmes » avec un s pour bien préciser qu’il n’y en a pas qu’un, eux c’est sûr, ils allaient pas me louper. On les aime nos croyances négatives.

Donc, 1er cours de 2017, le programme est un peu spécial, on va parler de moi version cul. J’y suis allé assez droite dans mes baskets, car après tout perso j’ai aucun problème avec ce que je fais. J’y allais pour savoir si eux ça leur posait problème, et si on allait pouvoir continuer à bosser ensemble. Y a jamais eu autant de monde pour un de mes cours ! Mon groupe d’ados, le directeur du centre, 3 animateurs du centre plus une fille de l’asso. Bon, ben si j’avais peur que ça se sache, ça c’est fait.

Ce n’est pas moi qui aie un souci, peut-être eux et seulement peut-être ?

Et au final ça s’est hyper bien passé. Parce que j’assumais totalement ce que je fais. Alors bien sûr j’ai eu droit aux gloussements typiques des ados. Mais finalement pas tant que ça. Rapidement ils m’ont posé des questions, intelligentes qui plus est. Des questions que pas mal d’adultes n’ont pas posé, ou n’ont pas osé poser. On a pris le temps, l’équipe a cadré, je ne me suis pas décadrée et cerise sur le gâteau, on a même parlé des sexualités. La place du plaisir, du consentement, du catalogage « salope », du métier de prostituée, d’homosexualité, là c’est pas gagné, en gros de pleins de trucs dont on ne parle jamais sauf en ricanant et en échangeant nos préjugés et nos dogmes.

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Mes préjugés, tes préjugés, nos peurs et certitudes.

Une semaine est passée. Je voulais voir si, sans l’équipe de l’asso, avec une semaine livrés à eux mêmes, comment tout cela allait évoluer. Alors est-ce que ça a changé le rapport qu’ils ont avec moi ? Ben non.

Comme m’a dit une gamine « tant que vous le faites pas devant moi j’en ai rien à foutre ». Ca tombe bien, je suis là pour des cours de théâtre et jamais je ferais la moindre démonstration devant des gamins. En plus j’ai un p’tit côté camgirl jusqu’au bout des ongles, donc même si c’était à des adultes que je donnais des cours de théâtre, ben il se serait pas non plus passé de trucs sexuels. D’ailleurs, au passage, j’ai souvent des réflexions en cam, pas méchantes hein, du genre « Oh j’aimerais trop prendre des cours de théâtre avec toi ». Et ben désolée de péter le mythe, mais c’est bien un cours de théâtre que je donnerais, sans la moindre confusion. Et le premier qui tente un truc risque de se faire recevoir pas comme il le croyait.

Y a même un animateur qui m’a dit, admiratif, qu’il était épaté que je sois revenu pour les ateliers alors qu’on avait vu des trucs de cul sur moi. Et que franchement, que j’assume comme ça c’était génial.

La vie continue, comme toujours.

Donc une semaine après, au cours suivant, rien n’avait changé. Mes ados foutent toujours autant le bordel. Je suis un savant mélange de prof et de dictateur de l’attention. Il faut toujours passer une demi heure pour arriver à les faire s’asseoir presque attentifs. Je dois parfois gueuler pour qu’on puisse avancer, et gentiment on continue ensemble. Ca n’a eu aucun impact. Je suis toujours la même pour eux. Même mieux, pour la première fois en 2 ans, cette semaine 1/3 avait appris leur texte ! Et ça c’est vraiment de l’ordre du miracle !

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Oui mais tu as eu de la chance !

Alors est-ce que j’ai eu de la chance ? J’en sais rien. Pourtant au départ c’était pas gagné sur le papier. Une association qui fait du social, un centre social dans les quartiers nord de Marseille. En théorie, sur le papier, ça aurait pu être un lynchage en bonne et due forme. Au lieu de ça, ça a juste été l’occasion de parler de sexualité, le truc dont on ne parle jamais. Et au final celle qui avait le plus de préjugés c’était moi ! J’appuyais ma peur sur une statistique comptable. Sur le papier ça doit mal se passer. Sur le papier ! Le gros avantage, c’est que la vie ne tient pas sur un fichier excell.

Alors plus que jamais, je suis fière de ce que fais. Et cette petite histoire, c’est une histoire de pouvoir comme dirait Castaneda. Ces gamins, « les pires », ce cadre associatif si normatif, si souvent « peureux » m’ont offert une belle leçon de savoir vivre.

Alors est ce que j’ai eu de la chance ? Peut-être. Mais le fait de ne pas avoir, trop, peur en y allant, le fait de ne jamais avoir nié ou justifié mes autres activités, en fait le fait de ne jamais avoir baissé la tête ont peut-être aidé à cette mise en place.

Contre les préjugés, assumer, oser être fière.

Assumons qui on est. Toutes les parties de nous. Sans honte, sans justification. Sans peur. Je n’ai rien à prouver ou à défendre. Juste permettre la discussion. Il paraît qu’on assemble notre monde ? Je crois, oui, que c’est ce qu’on fait. Alors si on a honte de nous, si on se juge, ben on récolte ce qu’on sème. Et si on assume, si on est fier de soi, de toutes les parts de soi, même les merdiques, juste parce que c’est aussi nous, ben tout à coup tout s’ouvre.

Après faut pas être con et se mettre en danger gratis

Là si je rebosse avec une autre asso, un autre centre social, je vais pas arriver en disant « hey les gars, vous connaissez mon site? » Là pour le coup ça serait con. Et ça serait imposer ce que je fais à des gens qui ont rien demandé. Mais voilà, si on me trouve, ben on me trouve. Et y a pas de drame. Je ne me cache pas. Je ne m’impose pas non plus. Juste être là, et être pleinement toutes les parties de soi.

Après faut pas être con, non plus

« Je ne vais pas descendre la Canebière le cul en bombe avec un tube de lube sur le dos ».

Assumer, ce n’est pas provoquer, ce n’est pas revendiquer et encore moins imposer.

Une jolie petite histoire

Voilà, j’avais envie de partager cette petite histoire avec vous, parce que si ça augure de l’année à venir, je trouve que c’est plutôt un bon signe. L’année où on ose être soi. Juste soi. C’est un joli programme, non ?

Et ça marche dans ce cas là, mais ça marche aussi dans un couple, dans la famille, avec ses amis. Et ceux qui partent offusqués, ils reviendront peut-être, ou alors ils ont trop peur mais c’est pas grave, ça laissera de la place pour d’autres personnes.

Car on n’est pas ce qu’on fait, ni ce qu’on pense, ni ce qu’on ressent, on est un tout, un espèce d’assemblage magique et mystérieux qu’on comprend pas nous même. Alors pour avoir une petite chance de peut-être un jour se connaître vraiment, ne nous amusons pas à cacher des bouts.

Face à la morale des autres, si vous assumez, c’est eux qui ont un souci, pas vous ! 

Bon ben je crois que sur ces mots un « Bonne année » s’impose ! Alors je vous souhaite à toutes et tous une merveilleuse année, pleine d’audace, de magie, de joie, pleine de vous !!!