Influence du porno sur la sexualité

C’est quasiment un lieu commun, voir pire une évidence de dire que les films pornographiques influencent négativement la sexualité de tous et de vos chères têtes blondes en particulier (je dis vos car je n’ai pas d’enfant). Cet article voit le jour suite à un post sur le blog d’arbredesplaisirs.com, boutique que j’affectionne particulièrement, comme quoi même les gens que j’aime bien, je peux râler après eux.
Influence des films porno sur la sexualité
Alors je ne vais pas dire que point du tout, le porno c’est hyper naturel, qu’à tous les coins de rues les filles font des plans à 4. Je ne vais pas vous balader en vous faisant croire que se faire un fist c’est aussi facile que d’enfiler une perle (à moins que vous ayez une amie s’appelant Perle … ok je sors) ou que se faire éjaculer sur le visage par 12 types c’est la base de tout rapport épanoui. Non je ne vais pas vous dire ça. Je ne le pense pas, mais alors carrément pas. Par contre j’aimerai apporter un autre regard à ce qui semble être une évidence, car les évidences sont souvent trompeuses (et bourrées de pré-jugés). 
Porno style versus Real life
Au tout début du fameux post, l’auteur commence par une phrase que je trouve splendide : “Une grande majorité des films porno ne sont pas représentatifs de la réalité et transmettent une fausse image de la sexualité; celle d’une sexualité sans gêne, sans tabou et sans blocage.” Alors si je peux me permettre, si la sexualité “réelle” est gênée, pleine de tabous et regorge de blocages … Ne serait-il pas temps de changer la réalité ? Si les films X, qui sont loin d’être parfaits, peuvent au moins inhiber nos craintes, nos peurs et permettre aux gens de se retrouver, se sentir un peu plus “normaux” et donc de moins souffrir de leurs pulsions … je ne vois vraiment pas où est le souci.
Porno & pratiques “déviantes”
L’exemple de la sodomie : Pour une grande partie des gens c’est une pratique extrême à réserver pour les grandes occasions, voire jamais. On a détaillé avec Charlie quelques origines de cette croyance dans trois articles sur la sodomie (1 - 2 - 3) qui, si à la fin du XXème siècle était assez mal considérée, était pourtant très fréquente et culturellement admise dans pas mal de pays du bassin méditerranéen (pour ne citer qu’eux), aussi bien récemment que tout au long de l’histoire. Suite à quelques conférences sur la sodomie je fus même surpris du nombre de femmes me remerciant de les décomplexer car elles prenaient plus de plaisir lors de relations anales que lors des rapports classiques … La généralisation de la sodomie dans les films porno peut être un des facteurs d’intégration de cette pratique dans la vie “normale” d’une relation entre deux personnes consentantes. Mais vu le nombre de film X et la “démocratisation” assez molle de cette pratique, je doute un peu de l’efficacité :)Un autre reproche fait fréquemment aux films porno :
Pornographie & rapport hommes / femmes
“Alors qu’elle devrait représenter le plaisir, l’amour, le partage et la sensualité, la pornographie représente les aspects de performance et de conquête masculine et de soumission féminine.”
Et quand bien même ! Mais j’attends avec impatience un film “normal” où on verra deux acteurs, voire plus (oui c’est quoi la norme à ce niveau ?) faire des galipettes par dessus les draps - quand vous faites la “chôse” vous la faites sous la couette dans le noir, vous ? #tristitude ! Des acteurs qui ne se coucheront pas en calbut et soutif pour leur première rencontre et se réveilleront pénis flapi et nichons las le matin. Non vraiment, j’ai hâte que les films “normaux” s’emparent de cette partie là de notre vie “réelle”. Au fait est-ce que 90% de la filmographie “normale” ne vante pas les aspects de performance ? ou bien le mythe du mâle parfait et de la femelle absolue ? Si Scarlett Johansson & Dwayne Johnson sont la norme, je me suis sacrément fait avoir à la naissance ! Pour ce qui est de la représentation de la vie sexuelle, perso la nôtre peut être des fois très proche d’un film X mis à part qu’on est pas 12 autour. Curieusement je mate des videos pornos non stop depuis que j’ai 16 ans et je suis bien plus romantique que la Miss qui, elle, aime bien le romantisme, les gouzi gouzi mais au bout de 10 minutes ben faut envoyer - et elle a vu son premier film porno vers 23 ans … c’était donc déjà comme ça avant …(la cochonne !!!) Pour ce qui est de la partie conquête masculine / soumission féminine c’est, il me semble, un faux problème. C’est plutôt le point de vue de l’actif sur le passif qui est mis en avant et ce même dans les films porno dit “girl friendly” - Charlie a fait un joli post là dessus. Vouloir à tout prix maintenir une guerre des sexes là où il n’y a qu’une guerre Actif / Passif me semble non seulement triste, car limitant, mais en plus bien plus dommageable qu’une bonne baise en levrette. Bon après c’est vrai que les scénarios, comme la musique d’ailleurs, ne sont pas géniaux … ho ben ils ont même disparu #Gonzo style

Pornographie & éducation sexuelle
Ha ha ha ha, voilà ce qu’on reproche le plus au film porno et là où on l’incrimine le plus négativement. Il est courant, admis, que la pornographie impacte sur l’apprentissage de la sexualité chez les jeunes, et généralement on considère qu’elle a une influence négative, source de plein de problèmes. Conséquences sur les jeunes filles de la pornographie, selon l’auteur de ce fameux post :
Les jeunes filles :
Elles ont l’impression de ne pas être à la hauteur - Ont l’impression de ne pas pouvoir demander ce qu’elles veulent - Ont des préoccupations obsessives par rapport à leur corps - Peuvent penser qu’elles doivent offrir ce qui est dans les films porno pour garder leur partenaire - Se demandent comment attirer l’attention des garçons et la retenir - Sont dépendantes affectives
- Ne pas être à la hauteur : Mais personne les première fois ne croit qu’il va réussir ! Et ça ne date pas d’aujourd’hui ! Vous pouvez montrer à votre enfant toutes les vidéos de cyclisme que vous voulez, quand vous enlevez les petites roues … il se pète la figure ! Pareil pour la chute libre, j’aurais beau m’arracher les yeux toutes les nuits sur des vidéos de sauts en parachute, je pense qu’au moment de sauter dans le vide je vais fouetter grave !
- Ne pas pouvoir demander … : je crois que ça c’est plus inhérent à l’éducation globale qu’au film de cul en particulier. Je ne connais pas beaucoup de filles (ni de garçons), tous âges confondus, qui osent demander à leur partenaire de faire ce qu’ils imaginent, fantasment, souhaitent …
- Préoccupations par rapport à leur corps : MDR ! les mannequins, la pub, les catalogues de prêt à porter , les pin up des années 50, les toiles de nues du XVIII, il faut les brûler aussi, non ? Il me semble qu’encore une fois on fait porter au porno un fardeau qui ne lui incombe qu’à peine
- Accepter une pratique pour garder leur partenaire : heu question, combien de femme depuis que le patriarcat existe ont fait du “devoir conjugal” à la place de l’amour ? Il n’y a qu’à relire les manuels de savoir vivre des années 60 …
- Attirer l’attention et la retenir : Alors comment dire que In real Life c’est tout aussi problématique pour les filles que pour les garçons. Là on est sur un problème de rapport à soi et au monde. Les timides ou les complexés peuvent regarder tous les films de cul du monde, ils seront toujours timides et douteront toujours
- Dépendances affectives : Vous croyez que nos mères, nos grands mères ne l’étaient pas ?
Les jeunes garçons :
Ils ont l’impression de ne pas savoir comment se comporter avec les filles - Ne se sentent pas à la hauteur - Pensent qu’ils doivent susciter autant de plaisir et d’enthousiasme chez les filles que dans les films porno - Sont déstabilisés par les filles et se sentent inférieurs - Peuvent adhérer à la vision stéréotypée de la sexualité masculine - S’interrogent sur les relations sexuelles et éprouvent de l’inquiétude - Peuvent croire que leurs désirs sexuels sont incontrôlables et qu’il leur revient de proposer les relations sexuelles - Deviennent «accro» à la pornographie et finissent par ne plus vouloir avoir de relations sexuelles dites «normales»
Pfiou quelle tartine !
- Comportement avec les filles : discutez avec votre père, votre grand père … ils ne savaient pas non plus. L’autre est mystérieux, c’est la beauté de la chose :)
- Ne se sentent pas à la hauteur : le mythe du facteur, le doute qui étreint chaque homme (normal) une fois dans sa vie sur “l’ai-je faite jouir ou simule-t-elle” ne date encore une fois pas de l’époque porno. La femme, et encore plus son sexe et son orgasme, est un mystère pour l’homme … rien ne se voit (enfin presque rien)
- Susciter autant de plaisir que : c’est pas faux, mais vaut-il mieux revenir à l’ancienne mode qui était “je te lime et je m’en fous, en gros je me branle en toi, (désolé c’est pas glamour mais réel) et après je pionce” ou les laisser vivre avec une recherche de plaisir mutuel qui est quand même sympa ? Peut-être qu’un jour la chanson de Brassens, 99 fois sur 100, n’aura plus lieu d’être chantée …
- Se sentent inférieurs : les pauvres choux ! c’est peut-être le juste rééquilibrage d’un système clairement foireux où la femme pendant quelques siècles s’est crue l’inférieure du mâle ? J’ai hâte de voir le moment où garçons et filles comprendront qu’ils sont stricto census égaux mais différents (un peu comme le chêne et le bouleau)
- Adhésion à la vison stéréotypée du masculin : Ben tiens, donc les gros cons phallocrates des siècles antérieurs ils avaient maté du porno avant … je reste sceptique
- Inquiétude et interrogation sur la sexualité : Lol mais on devrait obliger les gens à mater du porno alors !
- Désirs sexuels incontrôlables, premier pas : n’est-ce pas déjà le cas, encore une fois, depuis loooooongtemps ?
- Accro au porno : certes, c’est une possibilité mais comme les films de Walt Disney et les comédies romantiques qui plombent dangereusement la conception “des filles” sur leur vision de l’amoooour, non ? La personne responsable de ce post finit entre autre par cette superbe phrase : … les comportements des films pornographiques deviennent petit à petit une norme. Oui, en fait on enlève une norme pour en mettre une autre … je ne vois pas où est profondément le souci. Ce qui m’apparaît plus clairement c’est que les films porno ne remplaceront jamais le réel.
Le Porno un film comme un autre ?
Ils nourrissent notre imaginaire, comme tous les films et fictions “classiques”, de nouvelles images, d’autres conceptions de la vie et de la sexualité notamment. Le porno est fait par un individu qui pose ses fantasmes ou plus commercialement parlant filme ce qu’il croit que les gens attendent, veulent. On peut le regretter, le juger, peu importe, pour moi la chose la plus importante, et je remercie des millions de fois le porno, c’est de permettre une mise en image, une mise en action virtuelle de ce qui pré existe déjà en nous. Que ça nous plaise ou non des crimes comme le viol et le meurtre qui peuvent être simulé dans un film porno ou classique. Ou encore des pratiques comme la sodomie, l’urophilie, le BDSM et autres présentes dans certains films pornographique et qui sont nommées par la morale comme déviantes existent depuis bien plus longtemps que les films porno. Les films permettent simplement de les dévoiler au grand jour plutôt que de les laisser tapis dans nos arrières cours, pourrissant nos vies ou bien plus fréquemment pourrissant secrètement la vie de nombreuses familles. Mais bon, tant que c’est caché ça n’existe pas … j’en doute. Alors le porno n’est pas une fin en soi, loin de là. Il n’a pas pour vocation de remplacer l’éducation sexuelle OUVERTE ! et pas les cours de morale ou les cours de gynéco qu’on a déjà pu nous faire subir. Les films porno, comme les jeux vidéo, comme les films classiques, comme les livres, si si, demandent à être partagés, explicités, débattus pour être ramenés à notre vie quotidienne, ce que nous sommes, nous, capables de faire, de vivre. Si ce nécessaire travail de partage et de mise en corps n’est pas fait nous courons le risque de nous transformer en Mme Bovary, accros à nos fantasmes … quels qu’ils soient ! Alors arrêtons d’imputer au porno tous les maux de la sexualité. C’est sûr, c’est super facile de désigner le porno comme coupable, c’est même trop facile, un magnifique moyen de ne pas assumer nos responsabilités car l’accès à une sexualité heureuse et épanouie passe par arrêter d’en faire un sujet tabou. Passe par plus de confiance en soi, et ça ne vaut pas que pour le cul ! Mais ça c’est à chaque parent, chaque famille, de se remettre en question suffisamment, de dépasser suffisamment leurs propres barrières pour pouvoir ouvrir la discussion autour du sexe, du plaisir, de la connaissance de soi, pour arriver à ne pas refiler à leurs enfants leurs propres angoisses et blocages sexuels et leur permettre d’aborder cet aspect de la vie de manière détendue, curieuse, joyeuse et respectueuse de soi et de l’autre ! Mais ça, c’est la faute de personne, c’est la responsabilité de chacun. Forcément, c’est moins évident qu’en y a pas de bouc émissaire … Sur ce, je retourne à ma vie réelle, je fais filmer ma chérie en train de se fister :) #OuEstLaNormalité ??? Renaud