Toril le film, bienvenue chez les taiseux

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Toril ou la vie sauvage, derrière les cagettes l’horreur du quotidien

Bon je devais vous faire #1B2C sur un dessin animé plein de joie, d’espoir, de lyrisme mais voilà, hier on est allé à l’avant première de Toril et je me suis pris une telle claque dans la figure que je ne peux pas faire autrement que vous en parlez. J’aimerais dire chef d’oeuvre mais je ne le dirai pas, ça ne serait pas juste, mais claque dans ta gueule clairement je peux le dire. La dernière en date c’est sur 10 Cloverfield Lane avec John Goodman, excusez du peu. Mais bon on s’en fout d’Hollywood, avec Toril on est dans mon sud, dans ma Camargue, dans du réel de chez réel même si la fin est un peu romancée …

Quelques infos sur Toril : Laurent Teyssier (réalisateur) Guillaume Grosse (Scénariste) Vincent Rottiers (Philippe) Bernard Blancan (le père) Tim Seyfi (José) et c’est une production TITA prod. (merci à vous)

Toril, c’est simple et brut comme la vie

Toril est à l’image de son affiche. Sobre, simple, efficace, à l’image de la vie qu’il relate. En fait il ne relate pas cette vie, Toril vous prend dans ses petits bras musclés et vous plonge, sans vous demander votre avis, dans la vie, dans l’univers des taiseux. J’ai lu sur première et d’autres sites « Agriculture et cannabis », oui, si on veut mais ce serait vraiment faire trop court et trop simpliste.

toril vincentLe synopsis ? Philippe, fils d’un petit paysan, essaye d’aider son père au bout du bout du rouleau dans sa volonté de garder les terres familiales, comment gagner de la thune vite ?

Toril c’est le monde des petits paysans de Châteaurenard, Cavaillon, Noves … Le monde des putains de bouseux qui s’arrachent la tête et la vie pour essayer de produire des légumes et de les vendre. Je ne vais pas vous faire pleurer sur la cause paysanne, ils sont aussi enfoirés qu’ailleurs (1) on est pas là pour ça mais … (2)  Le premier plan sur le regard du père, putain ! Ce regard, vide, plein de colère, d’injustice, on est plus dans la tristesse, là on est dans le désespoir. Ce regard je l’ai vu tellement souvent dans mes consult.

Paysan, tu es dans ton champ de factures, de contraintes, ton champ d’inconnu et tu es seul, vraiment. Pour les petits paysans, les petits éleveurs, les vacances c’est… l’année prochaine. La seule question qui compte c’est comment tu te démerdes pour payer les traites ? comment tu te démerdes pour garder le mas familial ? (le nom des fermes dans le sud est). 

Toril c’est la rencontre de deux mondes

Quand le monde du bouseux rencontre celui du bling bling , l’argent que tu arraches à la terre en te salissant et l’argent sale qui te salit encore plus sûrement qu’une flaque de boue.

Toril c’est aussi le monde de la dope, c’est facile la dope, juste pour un coup, tu peux vite palper grave de thune, c’est facile … Ouais mais un coup ça n’existe pas ! C’est un monde dur, sauvage, comme le gel qui casse ta récolte mis à part qu’ici c’est pas les abricots qui meurent, c’est des gens. C’est le pays des mâchoires serrées et des yeux sur le qui-vive. Le pays où tu ne dors plus, en tout cas jamais sereinement. Les acteurs choisis y sont excellents, très (trop ?) réels.

Comme dit José (Tim Seyfi, excellentissime choix et excellente interprétation) dans le film, « c’est ce que tu te diras quand tu arriveras plus à dormir la nuit ? » Parce que c’est ça la dope, je connais un peu on va dire, c’est ne plus dormir, c’est flipper sans jamais le montrer, se méfier de tout le monde, cacher tout à tous, parents, potes, chéri.e.s, frères, soeurs … Il n’y a pas d’ami.e.s il n’y a pas de gentil sinon t’es mort.

Tu es tout seul dans l’arène, seul contre tous (ref. Gaspard Noé), un toro des rasetteurs ? Non, un toro des « matadors » et le toro, ne te trompes pas … c’est toi !

Pour certains le film peut sembler être une fiction … Perso il me rappelle juste de sombres années. Il est justement pas du tout dans la fiction (sauf la fin – Private Joke) comme il n’est pas non plus dans le mélo, vous ne verserez pas une larmes par contre vos tripes …

Toril, la vie cachée d’une partie de notre monde

C’est pas parce qu’on n’en parle pas, qu’on ne le voit pas, que ça n’existe pas ! Toril raconte ce monde des taiseux, celui des paysans, celui de l’économie clandestine, ici la dope, et le monde de la Camargue (plus taiseux, plus dur, faut en vouloir) . En fait il ne le raconte pas il nous le fait vivre. Toril, grâce au savoir filmer de Laurent Teyssier et son équipe, nous emmène dans la vie, dans la sueur, les larmes, la rage de tous ses protagonistes. Et son choix d’acteurs est juste top ! Bravo à tous au passage.

Encore une fois c’est à l’image de la porte d’un Toril. Sobre, efficace, brut, parfois brutal, ENTIER ! Le reproche que je faisais à Astier la semaine dernière et bien si quelqu’un arrive à en voir ne serait-ce qu’un soupçon dans Toril … c’est qu’on n’a pas vu le même film.

Je ne vais pas rentrer plus dans l’histoire alors passons un peu à l’aspect plus technique

 

 

Toril, qui se cache derrière la porte ?

Je ne vais pas vous faire la fiche technique du film, elle est dispo sur Allo Ciné (3) il y a juste au passage, Vincent Rottiers et Sabrina Ouazani. Mais je vais vous parler du duo qu’il y a derrière.

Laurent Teyssier (son premier long métrage) et Guillaume Grosse (scénario), grâce à ma chérie j’ai la chance de connaître leur travail depuis un moment, sont deux amis de longues dates. Ils ont réalisé ensemble un superbe court métrage Beauduc (primé 3 fois) « le dernier jour de ta vie »(4) et 8 et des poussières (primé 6 fois) encore un court métrage. Pour aboutir enfin à leur premier long Toril.

Laurent et Guillaume filment et mettent en scène avec, pour moi, un certain talent les gesticulations inutiles des hommes face à l’inéluctable !

Ils mettent en scène les derniers soubresauts des vivants, le moment où tu sais qu’il faut lâcher et où ta fierté, ta nostalgie ne peuvent s’y résoudre alors qu’au fond de toi tu sais bien que c’est déjà fait.

Le duo, les gars restez ensemble s’il vous plaît, sait nous mettre au coeur de l’intime, au plus proche grâce aux plans super serrés de Laurent et à l’écriture simple, sobre, efficace et sans jamais être dans le pathos de Guillaume.

Et puis ils ont une tradition « à la fin on brûle tout et on regarde le feu », Toril ne fait pas exception.

Philippe / Vincent Rottiers se débat, le père (excellentissime Bernard Blancan) se débat, tout le monde gigote et pourtant ça finit dans les flammes, ça devait finir dans les flammes.

Mais Il est temps d’attendre

Bon j’arrête là. Normalement les #1B2C c’est censé être court … Alors vous dire que j’ai aimé … non j’ai adoré !

Toril c’est sombre, c’est clairement pas jouasse (+16 ans), c’est une vérité toute crue comme la corrida.
Il y a un toro et tout le monde sait comment ça va se finir. La manière ? On s’en fout de la manière ! 
Toril c’est une cagette de courgettes dans la gueule au milieu d’une arène avec des mecs qui te mettent en joue pendant que tu sniffes un rail de coke.
Pan !

Vous dire que j’y retournerai, Ouais grave, samedi ma place était offerte #Privilège mais quand il sort le 14 septembre j’y retourne en payant … ha merde je vous ai pas dit !

Oui Toril ne sort pas avant le 14 septembre, vous venez de vous farcir en gros 1500 mots sur un film que vous ne verrez que dans 75 jours mais au moins vous n’aurez aucune excuse pour ne pas y aller et puis à l’occasion de ce très joli, j’ose le terme, film vous pourrez voir la miss Charlie habillée dans un tout petit rôle. Ca enlève de mon objectivité ? Heu non, ou alors pas dans le sens que vous croyez car qui aime bien … fais moi mal Johnny Johnny fais moi mal 🙂

Voili voilou, le brin de causette est terminé, à la s’maine prochaine

Le site de Laurent Teyssier (comme le sirop Teysseir mais sans le sucre) est à l’image du gars et de ses films, sobre – le site laurent Teyssier – et le facebook de Toril, le film [la page], faites du bruit autour il n’y a que 80 copies dispo et à mon avis il vaut largement pas mal de films blockbusterisés

 N’oubliez pas, le dimanche à 18h il y a les #ASV de LadyShagass sur twitter 

Les autres #1B2C

Lien et autres :

(1) Bonjour messieurs les pauvres paysans, ceux qui font trimer les rebeus, les roumains, les mexicains dans des conditions de vie que même vos chiens vous leur faites pas vivre ça et qui votent quand même Fhaine parce que tu comprends « c’est plus possible »

(2) Juste pour info le suicide dans le monde paysan c’est en gros 400 suicides effectifs par an sans parler des tentatives … [lire : http://reinformation.tv/ ]

(3) Fiche allo ciné du casting de Toril

(4)  Beauduc n’est hélas plus visible que dans une compilation de courts métrages dans la collection Territoire, la rançon du succès (3 récompenses), vous pouvez vous l’offrir sur cette page et je vous le dis, il m’a, il nous a fait pleurer, tous les gens qui ont vécu, bouffé du sable et passé des nuits devant un feu à Beauduc, même les plus coriaces, n’ont pu s’empêcher de pleurer ou d’éplucher des oignons …

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