Pornos vs Eros

Pornos vs Eros où est la vulgarité ?

Publié le Publié dans News de Charlie Folies

Pornos et érotismes : « le bon goût des mauvais genres » (1)

Où est le bon goût ? Où se place la vulgarité ? Que nomme-t-on pornographie, que nomme-t-on érotisme ? Pourquoi les pornos seraient-ils moins biens que les érotismes ? (2) Alors j’enfile mon costume de pourfendeuse des normes, ma panoplie de massacreuse des tiroirs moraux et d' »écarteleuse » des préjugés pour discourir un peu d’un sujet qui me touche personnellement et sur lequel je me suis beaucoup, et c’est encore le cas actuellement, posée de questions.

On va commencer par le début.

Dis Charlie, c’est quoi la vulgarité ?

J’aime bien regarder l’étymologie d’un mot, ça permet souvent d’éclairer celui ci, souvenez vous le terme prostituer (mettre sur la place publique, exposer).

Vulgaire vient du latin : vulgus , la foule, le peuple, le commun des hommes, la multitude … Bon ben tout est dit, non ?
Le fait de reprocher à quelqu’un ou quelque chose d’être vulgaire revient à lui reprocher d’être du peuple, d’être commun et accessible au plus grand nombre (d’où l’emploi de vulgarisation). Dites Mesdames Messieurs les tenants et les relayants de la bien-pensance, vous trouvez pas que vous pétez plus haut que votre cul en vous arrogeant le droit de crier au vulgaire ?

Qu’y a-t-il de mal à être « du peuple », à être accessible à tous ? Oui mais c’est de l’Aaaart … ouais c’est comme « La trompette dans le jaaazz » – Les VRP. Ca me semble quand même être sous tendu par un gros fond de suffisance et de snobisme tout ça.

J’eusse souhaité (mais bon on n’a pas souvent ce qu’on souhaite, même au plus que parfait du subjonctif) que vous fassiez preuve de responsabilité personnelle en disant simplement « Je n’aime pas ». C’est simple, c’est sobre, c’est du présent de l’indicatif première personne mais au moins ça a l’avantage de n’engager que vous.

Les goûts et les couleurs …

eros ou pornos ?Rappelons nous que les goûts et les couleurs sont des choses très personnelles. Ce qui est nommé avec grande suffisance vulgaire n’est en fait que la somme d’interactions et de digestions en lien avec nos conditionnements sociaux, éducatifs et temporels (la beauté du XXI ème siècle étant très différente de la beauté du XVI ème).

Pour les ami(e)s spiritualistes, un vieux monsieur – Georges Gurdjieff (3) – dans le livre de Ouspensky (Renaud l’appelle « Roupettes en ski », mais il est très vulgaire) parle d’art subjectif et d’art objectif.

L’art, la beauté subjective est en lien avec une époque, une culture, un cadre, elle a pour vocation d’impressionner la foule mais de ne pas durer dans le temps. Cette beauté subjective nécessite un apprentissage, une appartenance à des codes, des références, un groupe qui juge ceci beau ou ceci laid. C’est nos superbes mannequins tout maigres qui seraient traitées de grosses mochetés en Afrique ou au début du XX ème siècle, c’est nos supeeeerbes expositions des « monochromes de Kundalish » – les trois frères – qui, s’il n’y a pas l’étiquette du prix et le merchandising dessus, mériteraient parfois de finir en papier d’emballage ou dans une poubelle.

L’Art, la Beauté objective, toujours pour papy Gurdjieff, est la création qui va au delà, celle qui émeut quelque soit votre groupe ethnique, votre cadre socio-culturel. C’est la pure Créativité, c’est l’Âme qui parle à travers une réalisation, une matérialisation. Le Fond qui transparaît au delà de la Forme et parle à l’intemporel. C’est la différence entre l’Amour et la baise…

Ce sont par exemples les Pyramides, les peintures de quelques grands maîtres, un monument vraiment historique (pas 4 pierres posées les unes sur les autres) et pour aller plus loin, je dirais une plaine, un désert, la mer (rappelez vous la première fois où vous avez vu la mer), le ciel, les montagnes, le corps d’un homme en paix, le corps d’une femme épanouie … la liste est longue.

Curieusement l’Art objectif – selon les critères de Gurdjieff que je fais aussi un peu mien – est d’un vulgaire … « vous n’avez pas idée ma chère à quel point c’est commun ! » Alors oui, c’est vulgaire, c’est commun, c’est classique mais foutre dieu que cela est bon, non ?
Et puis à vouloir être original à tout prix on en arrive à faire vraiment n’importe quoi – y a qu’a voir le monde fou des canadadry sextoy (coin coin) & (miam miam)

Bon ça c’est pour la partie autour de la vulgarité. Alors maintenant vous pouvez reprocher à mes photos, ma personne d’être vulgaire, je ne vous dirais qu’une chose : Merci 😉

Pornos = vulgaires ?

Hahahaha la partie deux, ha ben oui, j’ai bien mangé et bien bu hier (4) du coup je suis au taquet !!!

Alors primo je mets un S à Pornos car il y a autant de Pornos qu’il y a de réalisateurs, voire même de spectateurs. Pourquoi on dit « les films d’actions » et « le porno » ? #Injustice #Ségrégation. Bon pour être honnête il y a aussi une astuce pour le référencement, plus facile sur pornos que sur porno, et ça fait du bien à mon côté provocatrice. En plus ce bête S dans Pornos me permet de briser le moule, le conformisme malsain dans lequel on veut enfermer un genre cinématographique à part entière.

PornoS car quel point commun voyez vous entre un film de John B. Root, un Gonzo de Black on Blonde, un reality trash porn amateur de J&M et un film super léché mais pornographique comme Pirates 2 ? Parler du Porno est aussi imbécile que parler du film d’action (ça fait bizarre hein). Mettre dans le même panier le film série Z (mais qui a droit à une subvention et une diffusion en salle) qui passe à 2h du mat sur rtl9 et le dernier Avengers, alors oui dans les deux il y a de l’action mais bon …voilà quoi (oui on est fans des blockbusters ici).

Les Pornos, le cul explicite.

Alors les Pornos sont dit vulgaires car ils montrent de la pénétration, de l’organe (coucou Emmanuelle) de manière explicite.

hindouisme et pornosOk c’est pas faux mais l’Origine du monde de Courbet aussi ! Les statues des temples hindous évoquant le kamasutra sont sacrées et pourtant clairement explicites, non ? Si je me souviens bien, Gautama (un bouddha) n’avait aucune objection sur les pratiques sexuelles aujourd’hui qualifiées de pornographiques comme le sexe anal, la prostitution et autres, du moment que c’était fait volontairement et avec « gentillesse ». Pareil, les mythes fondateurs, pof comme ça celui d’Osiris par exemple, sont clairement axés cul, non ?

Vous vous rendez compte qu’en qualifiant de manière péjorative les pornos de vulgaires c’est un peu comme refuser l’acte fondateur de notre propre vie ! Vous croyez vraiment que votre papounet et votre mamounette vous ont trouvé dans un choux ?

Ce qui nous met mal à l’aise dans le porno c’est juste notre pudibonderie, notre propre gêne face au corps, face à notre propre corps. Et cette gêne n’a rien à voir avec notre pratique sexuelle, vous pouvez être une baiseuse frénétique ou un queutard de base et refuser de Voir votre corps … Vous doutez ? Ok faisons un petit test : mettez vous seul face à un miroir, faites quelques respirations profondes, soyez serein, ouvrez maintenant les yeux et regardez vous vraiment, simplement et dites vous « Bonjour toi, tu sais que tu es Belle, tu sais que je t’Aime … » hihihi pas si facile hein 🙂

Si nous arrivons à atténuer, même un peu, notre gêne face à notre propre corps, nous relâchons automatiquement notre dureté face aux corps (souvent superbes en plus) exposés dans les films pornos.

Erotismes = beauuuuux ?

Même ordre d’idée, les érotismeS me semblent plus juste que l’érotisme, le S marque la pluralité, la diversité de cette famille. Comme pour les PornoS, les érotismes sont très variés. Là je dis un grand merci à tous les auteurs que j’ai pu lire à travers les #LEC depuis 1 an. Chaque auteur, chaque récit même, nous emmène dans un univers, dans une ambiance. Certains sont plus explicites, voire franchement pornographiques, comme Esparbec ou Stella Tanagra, Eve de Candaulie, Miss Kat, Chocolat Cannelle,  Jip … heu en fait beaucoup mais d’autres ont des univers plus « light » comme … un ange passe … ou … bon ben là je sèche.

C’est rigolo ça quand même, en littérature l’érotisme est franchement explicite mais ce qui littérairement parlant est érotique devient pornographique au moment de la mise en image (Film ou Photo) … Ca donne encore un peu plus de grains à moudre à mon argumentaire : c’est bien notre pudibonderie et notre morale qui crée la différence entre pornos et éros (comme deux dieux ennemis).

Donc bien souvent on fait preuve d’une magnifique hypocrisie en cloisonnant érotismes comme convenables et pornos comme inconvenants …vulgaires …

Pour dire Le Marquis de Sade est classé dans l’érotisme alors que … c’est du trash hardcore pour moi. Les goûts et les couleurs encore une fois.

Pornos vs Eros émoi, et moi, ai(mez) moi !

Et vous, vous êtes plutôt quoi Pornos ou Eros ? Pour ma part tout dépend de l’humeur. C’est le point de vue que j’aimerais faire passer, cette fluidité qu’il me semble impératif de réintégrer dans nos vies.

Pourquoi classer ? Pourquoi séparer les deux frères qui parlent tous deux simplement de la vie ?

C’est un peu comme dire que le kebab c’est moins bon que le tartare de saint jacques et truffes de hier. Pornos est peut-être plus rustique, plus franc du collier, laisse moins de place à notre propre imaginaire, comme le Kebab galette il est simple et direct (encore que) mais à la sortie d’un concert à minuit un bon Pornos / Kebab vous réchauffe le corps là où Eros / le tartare de saint jacques n’a vraiment pas sa place.

origine du monde tableau

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Alors Pornos vous met en émoi … vous choque et vous laisse mal à l’aise … Ne l’accusez pas de vos propres maux il n’est que lui même, examinons plutôt pourquoi ce jour là il nous heurte, nous choque …

Eros vous laisse avide, sur votre faim criant et moi ! et moi ! Peut-être avez vous envie de Pornos finalement ? Ou peut-être aimez vous simplement cette délicate frustration qui nous oblige à y retourner avec dans le ventre cette envie de succomber sans pour autant s’y autoriser … ça s’appelle la frustration, bien géré c’est un plaisir des plus délicats.

Dans tous les cas ces deux Dieux / formes CULturelles ne demandent qu’une chose : AIMEZ MOI ! 

Elles sont des représentations, soit métaphoriques, oniriques, pour Eros, soit explicites, directement accessibles pour Pornos de la complexité du vivant et de l’origine du monde.

Poser sur l’une ou l’autre le dogme de notre morale ne fera qu’une chose, nous couper d’une partie de nous même. Après nous avons le droit de préférer une forme plus que l’autre, c’est notre liberté, par contre cracher sur l’un en le traitant de diable, de vulgaire, de peuple in fine, ne fait que renforcer la norme moraliste de l’époque où nous vivons.

L’ Erotisme stricto census c’est simplement ce qui est capable de susciter un désir sexuel, un pull bleu pour les fétichistes du pull bleu par exemple. La pornographie peut être érotique, dans le sens de susciter un désir sexuel, si vous y êtes sensible. L’érotisme peut être, lui, complètement plat, s’il n’éveille en vous qu’ennui et lassitude.

Voilà c’était juste mon point de vue, j’espère lire vos réactions, votre propres visions. J’aimerais que ce petit article vous fasse réagir alors ben j’attends vos commentaires, vos partages avec grande impatience. Et puis qui sait peut être qu’avec Emmanuelle de Paris Dernière nous arriverons, enfin, à vous montrer qu’un auto fist fucking anal peut être Pornos et Eros en même temps 😉

Des bisous (Eros) et des bisoux (Pornos) à toutes et tous

Charlie

Note :

(1) Le bon goût des mauvais genres : j’emprunte cette phrase aux éditions sous la cape, éditeurs de textes érotiques mais aussi SF, polar, tout ce qu’on classe dans le mauvais genre

(2) Je note LES pornoS et LES érotismes car comme souvent le singulier masque une complexité, fait une généralité là où il n’y a que multitudes.

(3) Georges Gurdjieff : je vais citer wikikette pédia 🙂 « Surnommé « le nouveau Pythagore » et considéré par certains comme détenteur d’un savoir traditionnel très ancien, ce personnage controversé sera vu par d’autres comme un dangereux escroc et un charlatan » après c’est à vous d’aller plus loin.

(4) Bien manger et bien boire : je vous livre un vrai gros coup de coeur pour ceux qui aiment les plaisirs de la bouche en plus des plaisirs de la langue, si vous passez vers Narbonne allez faire un tour à La Table de Saint Crescent, Lionel Giraud

4 réflexions au sujet de « Pornos vs Eros où est la vulgarité ? »

  1. Intéressant, mais il manque (à mon avis, et pour rester près des notion de Gurdjieff « objectif » et « subjectif », ainsi que de ton chapitre « Gautama ») tout un pan de notre civilisation dite judéo-chrétienne (remontons jusqu’à Abraham, sinon plus loin), qui a fondé le mal à la date précise où le mâle a compris que le bébé naissant était en partie de lui. De là, il a immolé la femme sur l’autel de sa volonté d’appropriation (et immolé la grande Déesse dans le même coup)….
    Donc … (car je m’emballe, mais je tiens tout de même mon fil d’Ariane (sic)…), les notions pornographique vs érotisme sont étroitement liées à notre propre société et à la place que celle-ci laisse à l’acte d’amour.
    Gautama vantait l’acte sexuel tandis que les moinillons se flagellaient si mauvaises pensées ils avaient.

    Nota : Toute référence à la Déesse, voire à Ariane et au Minotaure, peut être considérée comme un spoiler à propos de la tétralogie dont tu connais les premiers livres ;oD

  2. Comme tu aime à le faire, revenons à l’étymologie :
    Pornographie viens du grec porno: prostitué et graphie : représentation

    Érotique vient aussi du grec Eros : amour et signifie donc « qui se rapporte à l’amour »

    Pour faire un raccourcis ultra rapide je dirais que le premier fait référence à l’acte sexuel et le second à l’intellect.

    La chair opposée à l’esprit !

    D’où l’antagonisme.

    Mais forcément les deux se rejoignent à un moment donné.

    Alors puisque j’ai commencé en grec je finit en latin:
    « Mens sana in corpore sano »
    Ce que je traduirais très librement par:
    Un érotisme sain passe par une pornographie assumée !

    Bises

    1. et moi je te réponds par une « papinerie » (issue de Jena pierre Papin) « pas mieux et tout pareil » je suis entièrement d’accord avec toi et ta traduction très libre 🙂
      pour aller dans le sens de ton commentaire je m’interroge encore sur cet antagonisme choisi entre profane et sacré entre psyché et physique pourtant avec les maigres notions d’anat que j’ai il me semble (mais je peux me tromper) que notre corps à besoin d’une tête et que notre tête sans corps à part pour être ranger dans un bocal et servir de deco n’a qu’une utilité très limité 😉
      Pour compléter Prostituare est littéralement « mettre à la vue de tous, exposé ce qui est caché » dans ce cas l’intimité

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